
Il y a des groupes qu’on croit rangés au rayon nostalgie et qui reviennent vous cueillir. Les Afghan Whigs en font partie. Ce groupe de Cincinnati, formé en 1986, c’est un peu le secret le mieux gardé du rock des années 90 : ceux qui connaissent Gentlemen ou Black Love vous en parlent encore les yeux brillants, les autres passent à côté sans savoir. Leur dixième disque, Soft Control, est arrivé vendredi dernier, et il tient sacrément bien la route.
Pour situer, Greg Dulli a plus de soixante ans, une voix de crooner cabossé et une obsession qui ne l’a jamais lâché : mélanger le rock crade et la soul la plus sombre. Le groupe s’était séparé en 2001, avait rejoué à partir de 2012, et depuis il enchaîne les albums sans jamais donner l’impression de faire du remplissage. Soft Control ne déroge pas.
Onze titres, des cuivres partout, une ambiance de fin de nuit dans un bar qui va bientôt fermer. Ça s’ouvre sur Jungle Roux, une entrée en matière qui prend son temps, avant que House of I ne fasse le boulot du morceau qui vous colle au corps, tempo relevé, refrain qui accroche. Dulli chante la mort, le temps qui file, les regrets. Rien de très gai sur le papier, sauf que la musique, elle, déborde de vie.
Envie de remonter à la source ? Gentlemen, leur chef-d’oeuvre de 1993, reste le meilleur point de départ.
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Les critiques anglo-saxonnes sont plutôt d’accord, avec des notes autour de 80 sur 100. Le reproche qui revient : le mixage. Certains trouvent la voix trop enfouie sous la batterie et la basse, au détriment des cuivres et des cordes. C’est vrai qu’il faut parfois tendre l’oreille. Mais bon, c’est aussi ce qui donne à l’album son côté organique, presque live.
Ce Soft Control n’est pas l’album qui va convertir les foules, disons-le franchement. C’est un disque de vétérans qui savent exactement ce qu’ils font, et qui n’ont plus rien à prouver à personne. Pour un quarantenaire qui a usé ses premiers CD sur le rock des nineties, c’est une madeleine qui a du coffre. Et pour les autres, une belle porte d’entrée vers un groupe qu’on aurait tort de laisser dans l’ombre.
Si vous aimez quand la soul se salit les mains, foncez.
Crédit photo : The Afghan Whigs





