Culture

Une inconnue repêchée dans la Seine en 1949, et Jaenada passe 528 pages à lui rendre son nom

posted by Vincent 10 août 2026
Couverture du roman L'inconnue du quai de Javel de Philippe Jaenada (Flammarion)

Un matin de septembre 1949, on repêche le corps d’une jeune femme au quai de Javel, à Paris. Elle s’appelait Louise Cansot, elle avait été le modèle le plus couru de Montparnasse, et six mois plus tard l’enquête se refermait sans que personne soit inquiété. Voilà le point de départ du nouveau Jaenada, « L’inconnue du quai de Javel », chez Flammarion.

Si vous connaissez déjà l’animal, vous savez à quoi vous attendre. Depuis « La Petite Femelle » et surtout « La Serpe », qui lui avait valu le Femina en 2017, Philippe Jaenada s’est fait une spécialité de rouvrir de vieux dossiers criminels que tout le monde croyait clos. Il ne se contente pas de raconter. Il enquête pour de vrai, épluche les archives, remonte les escaliers, va renifler dans les coins.

Cette fois il pousse le vice assez loin. Pour retrouver le bon état d’esprit, il a relu les soixante-quinze Maigret. Les soixante-quinze, oui. Il file aussi à Tréguier, en Bretagne, sur les traces de l’enfance de Louise, histoire de comprendre qui était vraiment cette femme avant qu’elle ne devienne un fait divers, puis un dossier jauni.

L'inconnue du quai de Javel

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Et c’est là que le bouquin vous cueille. Sous l’enquête policière, il y a autre chose : la volonté de sortir une morte de l’anonymat, de lui rendre un visage, un nom, une histoire. Quatre suspects finissent par se dégager, et Jaenada avance même une hypothèse sérieuse sur le coupable. Mais on sent bien que la résolution du crime n’est pas tout à fait le vrai sujet.

Alors oui, 528 pages, ça se mérite. Le style Jaenada, avec ses parenthèses à rallonge, ses digressions et son humour un peu triste, peut agacer ceux qui veulent qu’on aille droit au but. Si vous êtes de ceux-là, passez votre chemin. Pour les autres, c’est exactement ce qui fait le prix de ces livres : on s’attache à un narrateur bavard qui semble mener l’enquête à côté de nous, et qui traite sa victime avec une tendresse assez rare dans le genre.

La critique a suivi, Olivier Mony parle d’un livre admirable, et Flammarion l’a lancé à 35 000 exemplaires d’entrée. Un des gros rendez-vous de cette rentrée. Si le true crime à la française vous parle, celui-ci se lit comme on descend un escalier dans le noir. Lentement, et sans jamais lâcher la rampe.

Crédit photo : Flammarion

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