
Il y a des artistes qu’on croise pendant vingt ans sans jamais oser entrer dedans, parce que ça paraît trop sombre, trop dense, trop réservé aux initiés. Chelsea Wolfe fait partie de celles-là. Depuis le début des années 2010, la musicienne californienne empile les disques de rock gothique lourd, où sa voix se noyait souvent sous des murs de guitares. Sauf que voilà, avec The Dark, sorti le 21 août chez Loma Vista, elle change de méthode.
C’est son neuvième album. Dix titres, coproduits avec Jennifer Decilveo et Ben Chisholm, son bras droit depuis toujours. Et pour une fois, on entend vraiment sa voix. Elle respire, elle plane, elle passe devant au lieu de rester enfouie sous la production. Le tout mélange de la synthpop, du folk et une base doom qui gronde en dessous, un truc que la presse a déjà surnommé « gloom pop ». Dit comme ça, ça sonne un peu prétentieux, mais dans les faits c’est assez juste.
Ce qui frappe, c’est l’espace. Wolfe et ses producteurs ont eu le courage de vider le cadre, de laisser des morceaux comme « Turn the Key » ou « Seethe » avancer sans tout saturer. On pense parfois au désert de Joshua Tree, à une americana fantomatique, ailleurs à Austra ou à Arcade Fire période Reflektor. Le morceau-titre, « The Dark », porte la voix la plus assurée qu’elle ait posée depuis longtemps.
En attendant que The Dark arrive en bac, le meilleur point de départ pour la découvrir reste Abyss, son disque le plus intense.
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Le disque parle de vulnérabilité, de guérison, de se débarrasser de vieilles relations toxiques. Rien de neuf sur le papier, sauf que c’est incarné, jamais pleurnichard. Les critiques suivent, beaucoup tournent autour du 8 sur 10.
Alors non, tout le monde n’applaudit pas. Une partie de ses fans historiques trouve l’album trop sage, regrette l’expérimentation d’avant, cette manière qu’elle avait de vous mettre mal à l’aise. Ils n’ont pas complètement tort. On perd un peu du danger. Mais son « moins bien » reste largement au-dessus de la moyenne, et c’est justement cette accessibilité nouvelle qui en fait le bon moment pour la découvrir.
Si vous n’avez jamais mis un pied chez Chelsea Wolfe, commencez par là. Vous aurez le frisson sans la barrière d’entrée. Et si vous la connaissez déjà, vous saurez très vite dans quel camp vous vous rangez.
Crédit photo : Loma Vista Recordings




