
Il y a des livres dont tout le monde parle avant de les avoir lus, et neuf fois sur dix la déception guette. Pas cette fois.
C’était ça ou mourir, le premier roman de Thélyson Orélien, est arrivé en librairie le 19 août chez Grasset, après avoir conquis le Québec. Le texte a décroché le prix Méduse fin juillet, il est déjà traduit dans plus de vingt langues, et Gaël Faye le résume d’une phrase collée en couverture: un roman lu d’une traite, un baume autant qu’une claque. On parle du phénomène de la rentrée. Forcément, on se méfie un peu.
Orélien est un poète québécois né en Haïti, et ça s’entend à chaque page. Son livre raconte Jonas Dorléon, professeur d’histoire, qui quitte Port-au-Prince après l’incendie de son quartier. Dans son sac, presque rien: un diplôme, un cahier de poèmes, une photo de sa mère. Puis la route. La République dominicaine, le Brésil, le Mexique, et cette obsession qui tient un homme debout quand tout le reste s’effondre. Passer. Atteindre l’autre côté.
On croit connaître la matière. Les récits d’exil, on en a lu, et parfois on les a refermés parce qu’ils écrasaient le lecteur sous la misère. Orélien fait l’inverse exact. Il y a de la survie, oui, mais aussi du rire, du désir, une langue qui déborde et ne s’excuse jamais. Ça avance vite. Ça n’apitoie personne. Le pathos, il l’a laissé au vestiaire.
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C’est peut-être ça, la vraie réussite du livre. Prendre un sujet dont l’actualité nous rebat les oreilles, les migrants, les frontières, les corps qu’on refoule aux portes des États-Unis, et en faire non pas un dossier mais une odyssée. Une cartographie intime, phrase après phrase, de ce que ça coûte de rester vivant. Jonas n’est pas un symbole. C’est un homme qui aime, qui blague, qui a peur, et qu’on suit en se disant qu’on aurait sans doute fait pareil.
Alors oui, on peut redouter la sur-vente. Un premier roman couronné et traduit partout avant même sa sortie française, ça place la barre très haut. Mais bon. Celui-ci tient largement la distance, et il reste en tête longtemps après la dernière page.
Si vous ne deviez lire qu’un premier roman cette rentrée, ce serait sans doute celui-là.
Crédit photo : Grasset





