
On connaît Shu Qi actrice, visage magnétique du cinéma taïwanais, révélée par Hou Hsiao-hsien dans « Millennium Mambo » puis dans « The Assassin ». La voilà passée de l’autre côté de la caméra, et pour son tout premier film, elle est allée chercher très loin en elle-même. « Girl », sorti en salles le 5 août, est en partie autobiographique. Elle a mis près de dix ans à en écrire le scénario.
Direction Taïwan, 1988. Hsiao-lee est une adolescente effacée qui grandit dans une famille abîmée: un père alcoolique, une vraie épave, une mère qui encaisse. La gamine parle peu, mais Bai Xiao-ying, qui l’incarne, porte tout sur son visage, ce poids qu’on n’arrive pas à formuler à cet âge-là. Et puis débarque Li-li, une camarade insouciante qui lui entrouvre une porte vers autre chose que la peur. C’est un récit d’émancipation, tendu, mais jamais plombé.
Le sujet est dur, les violences familiales sont là, filmées avec une précision qui glace. Sauf que Shu Qi ne verse jamais dans le misérabilisme ni dans les clichés du drame familial. Elle passe par des idées de mise en scène qui lui appartiennent: un chat qui guide l’héroïne, un ballon qui surgit d’un sac, la main du père qui traverse un drap tendu, montrée deux fois pour dire tout ce qui pèse sur cette maison. C’est un cinéma de sensations plus que de démonstrations.
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On sent l’école Hou Hsiao-hsien dans ce rythme délicat, cette façon de laisser respirer les silences. Rien d’étonnant: le maître l’a soutenue avant que la maladie ne l’éloigne, et elle a rappelé autour d’elle ses collaborateurs de toujours pour le son et la musique. Le résultat a de l’allure. Présenté en compétition à la Mostra de Venise l’automne dernier, « Girl » a valu à Shu Qi une jolie moisson de prix de première réalisation, dont celui de meilleure nouvelle réalisatrice aux Hong Kong Film Awards.
La presse est plutôt conquise, autour de 3,7 sur 5, et on comprend pourquoi. Ce n’est pas un film qui hurle, c’est un film qui infuse doucement. Un peu plus de deux heures qui demandent de l’attention, mais qui la récompensent largement.
Si vous aimez le cinéma taïwanais, les premiers films sincères et les portraits d’adolescentes qui refusent de se laisser écraser, foncez. C’est l’une des vraies belles surprises de ce mois d’août.
Crédit photo : Ad Vitam





