
« Le père de nous tous. » La formule est de Picasso, et le Grand Palais en a fait une exposition. Cézanne et nous, ouverte depuis le 23 septembre et visible jusqu’au 17 janvier 2027, part d’un pari simple : montrer non pas Cézanne tout seul, mais Cézanne vu, digéré, parfois pillé par un siècle de peintres venus après lui.
Le dispositif est costaud. Soixante-neuf toiles du maître d’Aix face à cent cinq tableaux signés par soixante-dix-huit artistes, de Braque à Bonnard, de Boccioni à Baselitz, en passant par Etel Adnan ou Martin Barré. Quatre institutions ont mis leurs collections en commun pour ça : le Grand Palais RMN, le Centre Pompidou, Orsay et l’Orangerie. Autant dire qu’on ne voit pas ça tous les ans.
L’idée qui tient tout l’accrochage, c’est le face-à-face. On ne vous explique pas l’influence de Cézanne avec des cartels bavards, on vous la met sous les yeux. Sa Montagne Sainte-Victoire de 1887 accrochée à côté de celle, rouge et fiévreuse, que Marsden Hartley peint quarante ans plus tard. Et là, d’un coup, vous comprenez sans qu’on vous fasse la leçon.
Le parcours suit trois temps. D’abord la découverte entre peintres, dans les années 1880-1890, quand Cézanne est encore un drôle d’oiseau que seuls quelques initiés regardent vraiment. Ensuite la reconnaissance, autour de 1900, quand le marché finit par suivre. Enfin l’héritage, cette filiation qui va de Picasso au cubisme, puis à l’abstraction et jusqu’à des toiles d’aujourd’hui.
Pour prolonger la visite et apprendre à vraiment regarder une toile de Cézanne, ce petit guide fait le travail.
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Ce qui me plaît, dans ce genre de projet, c’est qu’il refuse la messe. Pas de Cézanne sacralisé sous cloche. On le remet dans une conversation, parfois à son désavantage d’ailleurs, puisque certains de ses héritiers tapent très fort à côté. C’est plus vivant, et bien plus honnête.
Reste la question bête mais réelle : la foule. Une expo pareille, co-signée par la moitié des grands musées parisiens, ça va se bousculer. La réservation est obligatoire, les galeries 3 et 4 ouvrent du mardi au dimanche de 10h à 19h30, avec une nocturne le vendredi jusqu’à 22h. Si vous voulez respirer devant les toiles, visez la nocturne ou le petit matin.
Pour qui aime la peinture sans avoir fait les Beaux-Arts, c’est une des sorties de l’automne. On ressort avec l’œil un peu recalibré, et c’est bien ça qu’on demande à une grande expo.
Crédit photo : Grand Palais RMN





