On a longtemps rangé Paul Cézanne dans la case du précurseur sage, le monsieur d'Aix qui peignait des pommes et une montagne, encore et encore. L'exposition « Cézanne et nous », ouverte au Grand Palais jusqu'au 17 janvier 2027, renverse poliment cette image d'Épinal. Son pari tient en une phrase : sans lui, Picasso, Matisse, Mondrian et la moitié du XXe siècle n'auraient pas peint pareil.

Pour le démontrer, les commissaires Claire Bernardi et Xavier Rey, épaulés par Jean-Rémi Touzet et Michel Gauthier, ont réuni quelque 70 toiles du maître et plus de 100 œuvres signées par 75 artistes venus après lui. L'idée n'est pas de refaire une énième rétrospective chronologique. C'est de montrer comment son travail a été regardé, digéré, parfois trahi, sur plus d'un siècle.

Le fil est limpide. On part des premiers admirateurs, on passe par la naissance du cubisme, l'abstraction débarque, et on finit chez des artistes contemporains qui lui doivent encore quelque chose. Les grandes pièces sont là : Les Joueurs de cartes, Les Grandes Baigneuses venues de Londres, et bien sûr la Montagne Sainte-Victoire, ce motif qu'il a peint jusqu'à l'obsession.

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Ce qui frappe, dans l'accrochage, c'est le dialogue. Vous avez une nature morte de Cézanne, et juste à côté, la réponse d'un peintre qui a passé sa vie à décortiquer sa façon de poser la couleur par plans, de faire tenir une table bancale par la seule logique du regard. Du coup, on ne regarde plus les pommes comme des pommes. On voit un type en train d'inventer une grammaire que d'autres vont parler pendant cent ans.

Le risque d'un tel projet, c'est de noyer Cézanne sous sa propre descendance, de faire du name-dropping savant qui assomme. L'exposition évite le piège la plupart du temps, même si certaines salles demandent un peu d'attention pour ne pas s'y perdre. Mieux vaut y aller sans se presser, et accepter de revenir sur ses pas.

Faut-il y courir ? Si vous n'avez qu'une sortie culturelle à vous offrir cet automne, oui, sans hésiter. On ressort avec une certitude un peu grisante : l'art moderne n'est pas né d'un coup de génie isolé, mais d'une conversation entamée devant quelques pommes et une montagne du Sud. Jusqu'au 17 janvier, au Grand Palais.

Crédit photo : Grand Palais