
On a tendance à ranger Paul Cézanne dans la case du monsieur qui peignait des pommes et la montagne Sainte-Victoire en boucle. C’est un peu court. À partir du 23 septembre, le Grand Palais rappelle une idée toute simple, et un peu vertigineuse quand on y pense : sans lui, l’art du XXe siècle n’aurait pas eu la même tête.
L’exposition s’appelle Cézanne et nous, et le titre dit exactement le programme. On n’a pas affaire à une énième rétrospective sagement chronologique. Les commissaires, Claire Bernardi (musée de l’Orangerie) et Xavier Rey (Centre Pompidou), ont choisi de mettre les toiles du maître d’Aix en dialogue direct avec celles des artistes qu’il a contaminés. Près de 180 œuvres au total. Une soixantaine de Cézanne, peintures, aquarelles, dessins. Le reste, une centaine de pièces signées par près de quatre-vingts autres.
Et quels autres. Gauguin, Matisse, Picasso, Mondrian, mais aussi Joan Mitchell, Bridget Riley ou Peter Doig, donc pas seulement les héritiers immédiats. L’idée, c’est de montrer comment un bonhomme qui bricolait la perspective et cassait le volume en petites facettes a fini par reprogrammer un siècle entier de peinture. Le cubisme lui pique sa géométrie. L’abstraction lui doit sa liberté avec la couleur. On tire un fil, et tout le reste vient.
Pour décoder ce que Cézanne trafiquait vraiment avec ses volumes avant de foncer au Grand Palais, ce petit guide très clair fait le boulot :
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Ce qui rend le projet malin, c’est justement ce jeu de face-à-face. Accrocher une nature morte de Cézanne à côté d’un Picasso ou d’une Bridget Riley, ce n’est pas de la décoration, c’est une démonstration. On voit la filiation à l’œil nu, sans avoir besoin d’un cartel de trois mètres pour l’expliquer.
Petit bémol prévisible : l’événement va drainer un monde fou. C’est co-porté avec le musée d’Orsay, ça sent le blockbuster, et les salles risquent d’être bondées les week-ends. Mon conseil, prenez votre billet en semaine et le matin. Comptez 19 euros plein tarif, 16 en réduit, gratuit pour les moins de 18 ans.
L’expo tient jusqu’au 17 janvier 2027, vous avez donc le temps. Mais si vous n’avez qu’une grande sortie peinture à caser cet automne, celle-là mérite vraiment de passer devant les autres. Cézanne méritait bien qu’on arrête de le résumer à ses pommes.
Crédit photo : Grand Palais RMN





