Culture

Mirage : Thomas Bangalter écrit encore pour des danseurs, et range définitivement le casque de Daft Punk

posted by Vincent 25 juin 2026
Pochette de l'album Mirage de Thomas Bangalter : seize danseurs enlacés en mouvement, teinte orangée sur fond noir, logo Erato

Il y a cinq ans, la moitié de Daft Punk décidait de tirer le rideau. Depuis, Thomas Bangalter n’a pas remis le casque doré, mais il n’a pas chômé pour autant. Après Mythologies en 2023, déjà une partition pour ballet, il remet ça avec Mirage, sorti le 5 juin sur le label Erato/Warner Classics.

Le sous-titre annonce la couleur : Ballet for 16 Dancers. On est très loin de One More Time. Mirage, c’est huit mouvements enchaînés, une cinquantaine de minutes, écrits pour un spectacle chorégraphié par Damien Jalet, avec une scénographie du plasticien japonais Kōhei Nawa, créé pour le Ballet du Grand Théâtre de Genève.

Autant vous prévenir tout de suite : si vous espérez retrouver ne serait-ce qu’un soupçon de groove, passez votre chemin. Bangalter cite Iannis Xenakis comme boussole, le compositeur grec qui pensait la musique comme une matière à sculpter. Ici, ce qui compte, ce n’est pas la mélodie ni le rythme, mais la texture du son, l’espace, les silences, les longues montées qui n’aboutissent jamais vraiment là où on les attend. C’est dépouillé, exigeant, parfois franchement aride.

Thomas Bangalter : Mythologies (coffret vinyles)

Curieux d’entendre le Bangalter d’avant Mirage, déjà tourné vers le ballet ? Son précédent disque, Mythologies, est une partition orchestrale dans la même veine :

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Et c’est là tout le sujet. Une partie de la critique salue un geste cohérent, celui d’un musicien qui dialogue désormais avec la musique contemporaine plutôt qu’avec les clubs. D’autres trouvent le temps un peu long, et ils n’ont pas complètement tort : Mirage a été pensé pour accompagner des corps qui bougent et un dispositif visuel. Sorti de la salle, l’album se défend, mais il lui manque forcément une jambe.

Reste qu’on tient quelque chose d’assez fascinant. Les nappes scintillent, se décomposent, évoquent par moments une mémoire qui s’efface. On pense à Tim Hecker, à Oneohtrix Point Never, à cette électronique hantée qui sonne comme un souvenir abîmé. Bangalter assume jusqu’au bout, avec une édition limitée sur bande magnétique réservée aux audiophiles équipés en conséquence.

Pour qui, alors ? Pas pour celui qui veut danser, ni même fredonner. Plutôt pour l’auditeur curieux, prêt à se laisser porter une heure durant par quelque chose de lent et d’abstrait. Voyez ça comme la bande-son d’un rêve éveillé, à écouter au casque, les yeux fermés. Le fan de Daft Punk nostalgique, lui, risque de rester sur le quai. Bangalter, visiblement, a fait son deuil. À vous de voir si vous êtes prêt à le suivre.

Crédit photo : Erato / Warner Classics

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