Culture

Rushdie revient à la fiction, et son recueil de nouvelles ressemble à un homme qui regarde l’heure

posted by Vincent 25 juin 2026
Couverture du recueil The Eleventh Hour de Salman Rushdie

Quatre ans après le coup de couteau qui a failli le tuer sur une scène de l’État de New York, Salman Rushdie publie « La Onzième Heure », son premier livre de fiction depuis l’agression. C’est un recueil de cinq textes, deux nouvelles et trois novellas, qui paraît chez Gallimard. Et c’est, pour une fois, un retour qui ne sent pas le réchauffé.

Le titre dit tout. Rushdie a 78 ans, il a survécu à ce qu’il appelle « une rencontre assez intime avec la mort », et l’idée de manquer de temps ne le quitte plus. Pendant qu’il écrivait « Le Couteau », son récit de l’attaque, il dit qu’il était incapable de penser à autre chose. Puis le livre terminé, une porte s’est rouverte dans sa tête, et la fiction est revenue. On le sent à chaque page.

Les histoires voyagent entre Bombay, l’Angleterre et les États-Unis, c’est-à-dire entre les trois vies de l’auteur. Deux vieux messieurs de Chennai se chamaillent de terrasse à terrasse jusqu’à ce que la mort s’invite et fasse basculer le récit dans le fantastique. Une musicienne se sert de son sitar pour déclencher pluies et incendies et se venger de sa belle-famille. Ailleurs, le fantôme d’E. M. Forster vient hanter une étudiante indienne sur un campus.

Tout cela respire la liberté du conteur, cette fantaisie qui a toujours été la marque de Rushdie. Les trois premiers textes sont les plus réussis, drôles et mélancoliques à la fois, comme les derniers livres de Philip Roth qui regardaient la vieillesse en face sans jamais s’apitoyer.

Les Enfants de minuit

Pour decouvrir le Rushdie conteur a son sommet, son chef-d’oeuvre reste un point de depart ideal :

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Il y a une réserve, et elle est honnête. La novella « Oklahoma », bourrée de clins d’œil à Kafka et de pièges littéraires, finit par perdre son lecteur en route. On sent l’écrivain qui s’amuse plus que celui qui raconte. Mais c’est un petit prix à payer.

Reste l’impression tenace d’un testament. Rushdie parle de mort, de fantômes, d’héritage, de ce qu’il restera après lui. Sauf qu’il travaille déjà sur un autre projet, inspiré de « Candide ». L’homme qui regarde sa montre n’a visiblement pas fini de raconter.

Si vous avez aimé « Les Enfants de minuit » ou simplement le plaisir d’un grand conteur, ce recueil de 314 pages se déguste sans se forcer. Un bel objet, et un beau pied de nez à ceux qui voulaient le faire taire.

Crédit photo : Penguin Random House / Jonathan Cape

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