Culture

Lee Miller au Musée d’art moderne : la femme qui a photographié la baignoire d’Hitler

posted by Vincent 19 juin 2026
Lee Miller photographiée avec une ampoule, vers 1943, tirage des Lee Miller Archives présenté au Musée d'art moderne de Paris

Si vous ne connaissez Lee Miller que par le film avec Kate Winslet, le Musée d’art moderne de Paris vous propose de rencontrer la vraie. Sa rétrospective, ouverte jusqu’au 2 août, réunit près de 250 tirages, dont plusieurs jamais montrés. Et croyez-moi, ça vaut le déplacement.

Le parcours raconte une vie qui tient du roman. Mannequin à New York à vingt ans, photographiée pour Vogue, Lee Miller débarque à Paris à la fin des années 20 et frappe à la porte de Man Ray. Elle voulait être son élève, elle devient sa complice. Ensemble, ils mettent au point la solarisation, ce procédé qui entoure les corps d’un halo irréel en réexposant brièvement le tirage à la lumière. Une trouvaille d’atelier devenue signature surréaliste.

On pourrait s’arrêter là et l’expo serait déjà belle. Sauf que Lee Miller refuse de rester l’égérie d’un homme et la muse d’un mouvement. Elle passe derrière l’objectif pour de bon, ouvre son studio, fait des portraits, de la mode, puis bascule.

En 1942, elle obtient son accréditation de correspondante de guerre pour l’armée américaine, l’une des rares femmes à y parvenir. Et c’est là que tout change. Elle suit la Libération, photographie Saint-Malo en flammes, puis entre à Dachau et Buchenwald en avril 1945. Ses images des camps sont d’une dureté qui coupe le souffle. La même femme qui jouait avec les ombres et les ampoules documente l’horreur sans détourner le regard.

Lee Miller : Une vie sans filtre (Carolyn Burke)

Pour prolonger la visite, la biographie de référence qui suit Lee Miller de la couverture de Vogue aux camps de la Libération :

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Le clou du parcours, c’est évidemment ce cliché d’elle dans la baignoire d’Hitler, à Munich, le 30 avril 1945, le jour même de la mort du dictateur. Une mise en scène glaçante, ses bottes pleines de la boue de Dachau posées sur le tapis. On a rarement résumé une époque en une seule photo avec autant de force.

Ce qui m’a touchée, c’est de voir tout ça réuni. Trop longtemps Lee Miller a été rangée dans une case, le mannequin, la muse, l’amante. L’expo répare cette injustice et montre une artiste complète, drôle, courageuse, abîmée aussi.

Comptez une bonne heure et demie pour faire le tour sans vous presser. C’est dense, parfois éprouvant, souvent magnifique. Une des plus belles choses à voir à Paris cet été, et de loin.

Crédit photo : Lee Miller Archives / Musée d’art moderne de Paris

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