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La contraception naturelle, c’est quoi ?

Posté par Loupche 18 novembre 2018 0 commentaire

Avant de te lancer dans la lecture de cet article, sache qu’il est loin d’être suffisant pour s’assurer de ne pas avoir un polichinelle dans le tiroir. Il existe en France de nombreuses formations pour maîtriser ses cycles menstruels. Pour ma part, je me suis formée avec l’incroyable ouvrage de Toni Weschler, Taking Charge of Your Fertility, qui est un best-seller aux Etats-Unis depuis plus de 20 ans et qui n’a toujours pas été traduit en France. Cela me révolte et confirme le gros manque dans notre éducation, puisque la connaissance de notre cycle menstruel semble réservée aux médecins.

 

Ça veut dire quoi « contraception naturelle » ?

La contraception naturelle est un terme générique pour désigner une contraception sans hormones et sans « bloqueurs ». Pas de pilule ou de stérilet dans l’affaire. Le but de cette méthode est de réussir, avec différents outils, à déterminer les périodes de fertilité dans le cycle menstruel et d’agir en conséquence.

C’est comment, un cycle menstruel ?

Déjà, sache qu’aucun cycle ne dure systématiquement 28 jours, on apprend ça en cours de SVT mais c’est du bullshit. Un cycle est considéré comme normal quand il dure entre 21 et 35 jours. Il est divisé en deux parties : la phase pré-ovulatoire (du début des règles à l’ovulation) où l’on sécrète le plus d’oestrogènes, et la phase post-ovulatoire (de la fin de l’ovulation au début des règles) où l’on sécrète le plus de progestérone. La phase « fertile » commence 4-5 jours avant l’ovulation parce que c’est la durée de vie des spermatozoïdes dans l’utérus. Donc s’il y a éjaculation interne le jour 6 de ton cycle et que ton ovulation est le jour 11, il y a un risque. De même, l’ovule vit 48h avant de ne plus pouvoir être fécondé. Si l’on reste sur le modèle d’une ovulation au jour 11, il y a des risques jusqu’au jour 13-14. Tu es donc « à risque » pendant environ 7 jours de ton cycle.

Attention à ne JAMAIS oublier ces deux choses :

  • Il est absolument impossible de prédire la date précise d’une ovulation !! L’ovulation est soumise au stress, aux changements d’environnement, aux rapports sexuels, etc. Même si ton cycle est très régulier, il est très important de prendre beaucoup de précautions dans la phase pré-ovulatoire.
  • La phase totalement safe de ton cycle a lieu entre la fin de l’ovulation et le début des règles, à savoir pendant la sécrétion de progestérone. La clé de cette méthode, que Toni Weschler appelle la FAM (Fertility Awareness Method), est de savoir détecter l’ovulation et l’arrivée de la progestérone.

Et comment on fait pour détecter l’ovulation et la progestérone ?

Il existe deux outils fondamentaux pour prendre en charge sa contraception : la prise de température le matin (ou symptothermie) et l’étude des glaires cervicales (la mouille, quoi).

1. La température

Comme tu peux le voir sur la courbe ci-dessous, il est important de noter sa température chaque jour. En fait, la température de notre corps est plus basse quand on sécrète plus d’oestrogènes (donc la phase pré-ovulatoire), alors qu’elle est plus haute quand on sécrète plus de progestérone (phase post-ovulatoire). Donc, à la fin de l’ovulation, on observe une montée de la température, voire un pic très clair, qui prouve que l’on n’est plus fertile et qu’on peut forniquer en toute liberté. Pour un suivi précis de sa température, il faut la prendre le matin avant même de se lever, avec le même thermomètre et à heure fixe. Au vu de ces différents critères pour assurer l’exactitude de la température, il est fréquent que le pic d’augmentation de la progestérone ne soit pas évident, c’est pour cela que l’étude des glaires cervicales doit aller de pair avec la symptothermie.

2. L’étude des glaires cervicales

Nos sécrétions cervicales changent de consistance et de couleur en fonction du moment du cycle menstruel. Sur les jours qui précèdent l’ovulation, elle vont graduellement s’éclaircir, devenir plus importantes et plus liquides. En fait, c’est leur qualité qui augmente pour pouvoir faire survivre plus longtemps les spermatozoïdes, pour qu’ils tiennent jusqu’à l’ovulation (c’est bien fait quand même, hein ?). Ainsi, les glaires durant les 48 heures de l’ovulation vont être très proches de l’eau, c’est-à-dire qu’elles seront très liquides et laisseront une tâche ronde sur les sous-vêtements plutôt qu’un trait. Quand l’ovulation touche à sa fin, les glaires cervicales ont pris la consistance de blanc d’oeuf, c’est-à-dire qu’elles sont transparentes et très élastique entre les doigts.

Ainsi, si tes glaires sont élastiques et qu’il y a eu un pic de température, bingo ! Tu as eu le signal parfait dont toutes les femmes rêvent. Mais s’il te manque un des deux symptômes, il est toujours bon de ne pas prendre de risques. Il est important de se rappeler que ce n’est jamais aussi simple et qu’il faut apprendre à apprivoiser les nuances de son propre corps.

 

Et comment on fait l’amour pendant la phase fertile ?

Différentes possibilités s’offrent à nous. D’abord, on peut avoir des relations sexuelles sans pénétration, évidemment. Ensuite, on peut être totalement abstinent.e.s pendant cette phase, ce qui reste la méthode la plus sûre (mais pas très agréable, on est d’accord). Enfin, on peut toujours recourir au bon vieux préservatif, tout en gardant en mémoire qu’il n’est qu’à 98% sûr.

Avantages et inconvénients

Oui, c’est plus contraignant que d’avaler une pilule à 22 heures tous les soirs. Cela implique une discipline quotidienne, et même si ce n’est que 5 minutes par jour, c’est difficile à mettre en place pour certaines personnes. Cela implique également d’avoir confiance en soi et en son corps pour ne pas vivre l’expérience dans une anxiété terrible.

Les points positifs sont nombreux. Premièrement, connaître son corps et comment il fonctionne est une chose magnifique et s’inscrit dans une démarche féministe de réappropriation de nos cycles menstruels. Ensuite, même si la contraception reste en grande partie une préoccupation féminine, cette méthode permet d’intégrer le partenaire masculin, qui peut s’impliquer en nous rappelant de prendre notre température au lever ou en suivant assidûment notre cycle menstruel, en sachant si l’ovulation est passée ou s’il faut se préoccuper de mettre un préservatif sur la table de chevet, etc.

Mon expérience

Cela fait deux ans que j’utilise cette méthode, et je ne reviendrai jamais en arrière. Evidemment, il n’y a eu aucun accident et c’est grâce à ma lecture de l’ouvrage de la Dr. Toni Weschler que j’ai appris à évaluer les différentes nuances. Par exemple, j’ai compris au fil des cycles que ma température n’augmente pas sous forme de pic mais plutôt graduellement, sur plusieurs jours. J’ai aussi compris que mes glaires n’évoluent pas progressivement mais deviennent brutalement de l’eau/blanc d’oeuf, ce qui m’empêche d’anticiper l’arrivée de l’ovulation quelques jours avant. Je continue de trouver cette méthode absolument fascinante et reste persuadée qu’elle devrait être enseignée à tout le monde, plutôt que de se satisfaire d’un chapitre de SVT en quatrième sur le système reproductif.

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