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2 ans vegan et toujours en vie

Posté par Loupche 2 septembre 2019 1 Commentaire

Ça y est, le cap des deux ans en Véganie est passé. Et je suis toujours vivante ! Et, selon mon bilan sanguin, plutôt en bonne santé (mais je te raconte ça plus tard). Si tu lis Berthine, tu es à un certain degré de sensibilisation aux questions éthiques autour du bien-être animal, mais tu hésites peut-être à passer le cap et tu es encore coincé dans le fameux « mais moi je consomme local, je sais d’où viennent mon steak et mes oeufs, et puis j’ai réduit par rapport à avant ». Tu sais bien, au fond, que ce sont des excuses auxquelles tu ne crois qu’à moitié. Dans cet article, je voudrais donc te partager mon expérience pour te rassurer, t’encourager, mais aussi pour t’avouer les difficultés que je rencontre au bout de deux ans. 

Rappel du pourquoi 

Le véganisme est souvent motivé par ce triptyque, plus ou moins selon les personnes. 

L’environnement

L’industrie autour de la souffrance animale est une des plus polluantes qui existent. Récemment, la moitié du globe s’est réveillée face à l’urgence de sauver la forêt amazonienne. Rappelons que la plus grande partie de sa déforestation est provoquée par la plantation de soja destinée (non, pas les mangeurs de tofu) à nourrir des milliards d’animaux, qui seront ensuite tués pour notre consommation. Pour saisir l’échelle, nous tuons, en France, environ un milliard d’animaux par an. Ça en fait du soja. Et ne parlons pas de l’augmentation de consommation de poissons alors qu’ils sont de moins en moins nombreux et sont fondamentaux à la survie de notre écosystème. En gros, c’est un gâchis de ressources et d’espace. 

La santé 

De nouvelles études indépendantes sont publiées tous les jours, et prouvent les bienfaits d’une alimentation végétale — à base de produits très peu industrialisés. Elles mettent l’accent sur le danger des produits laitiers, de la viande, ou l’empoisonnement des poissons à cause des antibiotiques et du plastique présent dans les océans, ou encore le mauvais cholestérol et l’excès d’oestrogènes dans les oeufs (normal en même temps, les oeufs étant des menstruations de poule). 

MAIS SURTOUT : Le bien-être animal

Devenir vegan, c’est refuser d’être responsable des veaux séparés de leur mère au bout de quelques jours pour pouvoir manger mon fromage, ou des 14% d’animaux découpés en étant encore conscients, ou des cochons castrés à vif, ou des poussins broyés vivants, et la liste est encore longue. Des études s’intéressant au monde marin montrent que les poissons ont un système nerveux plus développé que le notre, et donc ressentiraient la souffrance physique beaucoup plus que nous. Quand on pense qu’ils sont souvent encore à moitié vivants sur l’étalage du poissonnier, ça fait froid dans le dos. 

Nous avons esclavagisé les animaux à outrance, et l’élevage actuel n’a plus rien de la mignonne maman vache qui broute tranquillement dans son champ et allaite son bébé au milieu des pâquerettes. L’être humain a construit un système inhumain. Le fait qu’aujourd’hui la norme alimentaire soit de tuer est terriblement en-dessous de nos capacités empathiques. Et puis, perso, étant croyante, je me dis que c’est franchement pas bon pour notre karma tout ça. 

Bon, maintenant que mes raisons d’être vegan sont posées, passons à mon expérience personnelle après deux ans de véganisme.  

Etat physique

Au bout de deux ans, mon niveau d’énergie n’a pas beaucoup changé, je prends ou perds du poids de la même façon (non, on ne maigrit pas forcément quand on devient vegan !). La seule différence notoire est la sensation de me sentir moins lourde après les repas. Les produits d’origine animale, notamment la viande, peuvent provoquer des problèmes digestifs, ce qui était mon cas. Par ailleurs, je mange beaucoup plus de fibres qu’avant. Même si c’est bon pour la santé, les fibres sont également difficiles à digérer, et mon système digestif est naturellement lent et encombré. Donc, ça ne suit pas (traduction plus claire : j’ai des gaz). Cela m’amène à me poser des questions de nutrition, notamment de synergie entre les aliments et, plutôt que de réduire ma consommation de fibres, je préfère réduire les quantités de gluten ou de sucre raffiné. 

Tout ce que j’ai appris

Avant d’être vegan, mes connaissances en nutrition se limitaient à la vitamine C pour être en forme et le magnésium pour aider à la croissance. Maintenant, mon champ de connaissances s’élargit chaque jour au travers de lectures, documentaires et autres supports. J’en suis venue à connaître certaines choses qui échappent même à des professionnels de santé. Par exemple, au sujet de la B12, la prise de sang pour la B12 révèle la B12 présente dans le sang, mais ne fait pas la différence entre la B12 et des analogues (comme les produits fermentés qui peuvent passer pour de la B12 dans la prise de sang). Or, il est fondamental quand on mange végétarien ou vegan de se complémenter en B12. Le problème, c’est qu’il arrive que notre corps n’assimile pas bien la B12 de synthèse, ce qui n’est pas détecté par la prise de sang. Ce qui détecte véritablement la B12 seule, sans ses analogues, c’est l’analyse de l’acide métylmalonique dans les urines. Hormis sous demande de ma part, mon médecin ne m’aurait jamais prescrit cette analyse d’urine pour la B12. 

Cela nous amène au bilan sanguin ! 

A l’heure où je t’écris ce petit article, mes résultats pour le zinc et la B12 ne sont pas encore arrivés. Je ferai un petit édito dans quelques jours, quand je les aurai reçus ! 

Cela va aller très vite : je n’ai aucune carence liée au véganisme. Comme beaucoup de femmes, mon taux de fer est bas, mais je ne suis pas anémiée. C’est à surveiller, mais ce n’est pas inquiétant. Ma glycémie est impeccable, mon calcium et magnésium sont au beau fixe, tout comme mes folates. Youpi ! Ma seule vraie carence est celle en vitamine D. Ancienne, elle n’a aucun rapport avec le véganisme, et il existe de nombreux compléments de vitamine D vegan que je dois prendre au quotidien. Et voilà le travail ! 

Mes difficultés 

Ma relation très émotionnelle à la nourriture (qui fait que je mange sans avoir faim, en excès, quand je m’ennuie par exemple, enfin tu vois le genre) rend très difficile le deuil de certains aliments. Dans mes premiers mois de véganisme, ma colère bouillonnante me permettait de maintenir le cap et de ne rien consommer venant des animaux. Toutefois, maintenant que cette rage s’est assagie et a fait place à plus de souplesse et de tolérance, je me sens doucement osciller vers du laisser-aller. Dès que je ne suis pas chez moi, mon addiction au fromage reprend le dessus, et je ne vais pas me priver de la charlotte au chocolat que belle-maman a posé sur la table en dessert — même s’il y a une option vegan à côté, je mangerai des deux (aïe).

Je me console en me disant que mon argent ne sert pas à alimenter la souffrance animale, puisque je vais manger des produits animaux en étant invitée chez les autres. Le problème, c’est que je connais cette pente glissante chez moi de ma volonté, et que les oeillères peuvent se replacer sans que je m’en rende compte. Par ailleurs, pour les personnes qui m’invitent, cela pose problème : en effet, le fait que je sois vegan ne leur échappe pas, et pourtant je mange d’un gâteau non-vegan. Ces informations contradictoires peuvent les déstabiliser, et ils n’ont aucune raison de continuer à faire des efforts alimentaires en ma présence. De fait, je participe tout de même au massacre. 

Ce petit paragraphe a deux objectifs : tout d’abord, c’est te montrer que la perfection est difficile à atteindre, notamment dans un monde où la norme alimentaire est de tuer. Le deuxième objectif est d’assumer ce fort paradoxe dans mes comportements, et de me remettre sur le droit chemin. Parce qu’une part de gâteau, ce n’est pas innocent, c’est du lait qu’un veau n’aura pas pu boire, et des oeufs qui auront provoqué la souffrance inouïe d’une poule. 

Enfin, je ne veux plus débattre

« Moi je ne mange que local, je sais d’où vient ma viande », « moi je réduis ma consommation », « de toute façon vous les vegan, vous êtes les larbins du capitalisme à acheter tous vos similis carnés, similis fromage et gnagnagna »… Les réflexions sont nombreuses, et chaque vegan les a TOUTES entendues plusieurs fois. Sache, si tu veux écrire un commentaire énervé sous cet article, que ta remarque ne sera PAS originale. Moi, je suis fatiguée. Pas du véganisme, mais qu’on m’en parle tout le temps, qu’on ne me laisse pas manger mon Subway vegan sans venir m’attaquer sur le nouveau marché que je crée pour le capitalisme. Merci Jean-Mich, et ce McDo dans tes mains, c’est local et anti-capitaliste peut-être ? Je ne veux plus débattre, je ne veux plus opposer des arguments à d’autres entendus mille fois. Je fais ma part, et si la personne en face de moi se sent attaquée par mon engagement, c’est parce qu’elle sait au fond d’elle que ses pratiques sont problématiques. Après deux ans de véganisme, je considère que mes articles et mes vidéos sont bien suffisantes pour maintenir un discours autour du véganisme et sensibiliser les gens. Plus besoin de venir m’emmerder quand on prend une bière ensemble le jeudi soir ! 

Merci d’avoir lu ce long article jusqu’au bout, j’espère qu’il aura pu t’intéresser, et répondre à certaines de tes interrogations. Si tu le souhaites, j’ai fait l’équivalent de cet article en vidéo sur ma chaîne YouTube, que tu peux retrouver en cliquant juste ici

1 Commentaire

Marie 2 septembre 2019 at 19 h 06 min

Merci Lou. J’ai toujours ces cravings pour de la viande, notamment avant et pendant mes règles (je crois que c’est le sang/fer en fait..) et je me sens horriblement coupable quand je craque. Du coup, merci de rappeler qu’il y a aussi des moments difficiles. Courage, et bravo !

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