Idées

Le livre d’occasion explose, et ce n’est pas qu’une bonne nouvelle

posted by Vincent 13 avril 2024
Le livre d'occasion explose, et ce n'est pas que une bonne nouvelle

On a longtemps présenté le livre d’occasion comme une vertu absolue. Lire moins cher, faire circuler les ouvrages, éviter le gaspillage : difficile d’être contre. Sauf qu’une étude de grande ampleur, dévoilée à l’ouverture du Festival du livre de Paris, vient nuancer le tableau. Le marché de la seconde main progresse à une vitesse telle qu’il commence à inquiéter sérieusement le secteur de l’édition.

Les chiffres donnent le vertige. Près d’un livre sur cinq est désormais acheté d’occasion, à un prix en moyenne deux fois et demie inférieur à celui du neuf. Et l’offre est colossale. Leboncoin référence à lui seul des millions d’annonces de livres à prix cassé. Le dernier prix Goncourt, vendu une vingtaine d’euros en librairie, s’y trouve pour le tiers de son prix. Sur Vinted, certains romans tout juste parus partent pour une poignée d’euros.

À côté de ces plateformes entre particuliers, une nouvelle génération d’applis a industrialisé le rachat. Momox scanne vos codes-barres et vous propose un prix calculé en temps réel par un algorithme, en fonction de l’offre, de la demande et de la durée de stockage prévisible. Autant le dire, la fortune n’est pas au bout du scan : il n’est pas rare de se voir offrir quelques centimes pour un livre pourtant magnifique. Recyclivre se montre un peu plus généreux et reverse une part de son chiffre d’affaires à des associations. Book Off, lui, envoie carrément un cycliste récupérer vos cartons en bas de chez vous. Le service est rodé, presque trop.

Veiller sur elle

Le Goncourt qu’on s’arrache d’occasion : autant le soutenir en neuf.

Veiller sur elle → voir sur Amazon

Lien affilié Amazon. En tant que Partenaire Amazon, je réalise un bénéfice sur les achats remplissant les conditions requises.

Alors, où est le problème ? Il tient en une phrase : sur un livre d’occasion, ni l’auteur ni l’éditeur ne touchent le moindre centime. La revente échappe totalement à la chaîne du droit d’auteur. Quand un roman récent circule d’occasion à peine quelques semaines après sa sortie, parfois moins cher que le neuf qu’on aurait pu attendre un peu, c’est autant de ventes en moins pour celles et ceux qui l’ont fait exister. Et dans un métier où la plupart des auteurs gagnent déjà très peu, le manque à gagner n’a rien d’anecdotique.

On touche là à un vrai dilemme, sans méchant évident. Le lecteur qui achète d’occasion n’est pas un pirate, il fait un choix de bon sens, écologique et économique. Personne ne lui reprochera de vouloir lire sans se ruiner. Mais l’addition de millions de gestes individuels finit par fragiliser tout un écosystème, celui-là même qui produit les livres qu’on s’arrache ensuite à prix réduit.

Faut-il pour autant culpabiliser à chaque achat de seconde main ? Non, ce serait absurde. Le geste reste vertueux à bien des égards. L’idée, c’est plutôt de garder en tête cet angle mort : derrière chaque livre, il y a des gens à rémunérer. Acheter neuf de temps en temps, surtout pour les auteurs qu’on aime et qu’on veut voir continuer à écrire, c’est une façon simple de soutenir la création. Un équilibre à trouver, livre après livre.

Crédit photo : DR

Leave a Comment

À lire