Culture

Quand le papier manque, c’est tout le livre qui tousse

posted by Vincent 10 novembre 2021
Quand le papier manque, c'est tout le livre qui tousse

On l’oublie souvent, mais un livre, c’est d’abord de la matière. Du papier, de l’encre, du carton. Et quand cette matière vient à manquer, c’est toute la chaîne du livre et de la presse qui se met à grincer. C’est exactement ce qui s’est passé à partir de la rentrée 2021.

La mécanique est presque banale. Après les confinements, l’économie redémarre partout en même temps. Les usines tournent à plein, la demande explose, et la pâte à papier devient soudain une denrée rare. Le prix s’envole. Une tonne de papier qui valait 750 euros début 2021 grimpe vers 1400 euros quelques mois plus tard.

Le e-commerce a sa part de responsabilité. Tous ces colis qu’on commande nécessitent du carton, beaucoup de carton, et les usines papetières ont souvent préféré basculer leur production vers cet emballage plus rentable que vers le papier d’édition. Les éditeurs se retrouvent en bout de file.

S’ajoute la facture énergétique. Fabriquer du papier dévore du gaz et de l’électricité. Or le gaz coûte alors près de cinq fois plus cher qu’un an plus tôt. Les papetiers, étranglés, répercutent, et c’est l’éditeur qui paie au bout de la ligne.

Pour la presse, le coup est brutal. Imprimer un journal devient plus cher du jour au lendemain, sans qu’on puisse vraiment augmenter le prix de vente sans faire fuir les lecteurs. Beaucoup de titres rognent sur la pagination, la qualité du papier, parfois la périodicité.

Du côté de l’édition, on bricole. On retarde des tirages, on réduit le grammage, on repousse des rééditions jugées non prioritaires. Les petites maisons, qui n’ont pas le poids pour négocier, trinquent davantage que les gros groupes capables d’imposer leurs volumes.

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Il y a quelque chose de paradoxal là-dedans. Le secteur du livre se portait plutôt bien, les Français lisaient, achetaient, et voilà que c’est la matière première qui menace de gripper la machine. Pas la demande, l’approvisionnement.

Cette crise a aussi forcé une prise de conscience. Le numérique ne remplace pas tout, le papier reste un objet physique soumis aux aléas industriels et géopolitiques. On redécouvre que derrière chaque roman se cache une logistique fragile dont on ne parle jamais.

Avec le recul, l’épisode s’est résorbé, les prix sont redescendus et les usines se sont réorganisées. Mais il a laissé une trace, celle d’une fragilité qu’on croyait réservée à d’autres industries.

Au fond, un livre n’est jamais seulement un texte, c’est aussi un produit manufacturé, dépendant d’une chaîne qu’un grain de sable suffit à enrayer. La prochaine fois que vous tiendrez un roman, ayez une pensée pour le papier qu’il a fallu trouver.

Crédit photo : DR

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