Culture

Noham Selcer transforme un jeu PlayStation de 1997 en roman de 624 pages, et le pari tient largement

posted by Vincent 15 août 2026
Couverture du roman Midgar de Noham Selcer, éditions Gallimard

Il fallait oser. Prendre Final Fantasy VII, ce monument sorti sur la première PlayStation en 1997, et en faire la colonne vertébrale d’un roman de la rentrée. C’est ce que fait Noham Selcer avec Midgar, son deuxième livre, que Gallimard publie le 20 août.

Le titre, déjà, dit tout à ceux qui ont poussé la manette à l’époque. Midgar, c’est la mégapole du jeu, une cité posée sur des plaques de béton où une compagnie aspire l’énergie même de la planète pour faire tourner ses réacteurs. Selcer reprend ce décor et le colle à trois gamins du XVe arrondissement, Sura, Zellik et Gaston, qui grandissent eux aussi sous une dalle, le ciel bouché, une console pour seule fenêtre.

Le jeu devient leur langue commune. Puis chacun part de son côté, avec sa petite fêlure. Sura veut la justice et finit avocate au chevet de la nature. Zellik rêve de Manhattan et d’argent, et se retrouve à bosser pour IXIA Power, un consortium pétrochimique qui pompe la planète pour de vrai. Gaston, lui, passe son temps à guetter ce qui disparaît. Vous voyez le piège se refermer : le jeu de leur enfance racontait déjà, en 1997, ce qui allait les séparer trente ans plus tard.

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Le roman parle d’un jeu bien réel, et si l’envie de rebrancher la manette vous prend, sa suite moderne tourne aujourd’hui sur PS5 :

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C’est malin, et c’est là que le roman est le plus fort. Selcer ne fait pas du nostalgique geek, il se sert d’une fiction pop que des millions de gens connaissent par cœur pour parler de capitalisme, d’écologie et de la façon dont on fabrique nos désirs de gosse. Sur 624 pages, l’énergie ne retombe presque jamais, et l’humour sauve le livre des grandes tirades.

Presque, parce qu’il y a un revers. À force de vouloir signer une fable morale complète, Selcer force parfois le trait. Certains personnages se mettent à parler comme des tribunes, on devine où ça va, et le roman perd un peu de sa capacité à nous surprendre. Nicolas Gary, chez Actualitté, pointe la même chose, et il a raison.

Ça reste un des livres les plus ambitieux du mois, et sûrement le seul qui vous donnera envie de rebrancher une vieille PlayStation. Si vous avez connu Midgar la première fois manette en main, foncez. Sinon, le roman se tient tout seul, il vous expliquera le reste.

Crédit photo : Gallimard

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