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Hayao Miyazaki à l’avant-garde de l’écologie

Posté par Maxima 10 juillet 2019 0 commentaire

Un article rédigé par Armand.

Le studio Ghibli a été à l’origine de nombreux films d’animation ayant révolutionné leur genre, mais il a fallu pour cela allier deux réalisateurs de génie (Isao Takahata et Hayao Miyazaki) à un producteur capable de vendre les projets de film les plus fous (Toshio Suzuki). Le premier film à allier ce Triumvirat a été Nausicäa de la vallée du vent, une fable écolo et pacifiste réalisée par Hayao Miyazaki, produite par Isao Takahata et qui doit son existence à Toshio Suzuki.

                Cet article retracera donc l’histoire de la création de ce film ainsi qu’une explication non-exhaustive de certaines de ses scènes les plus marquantes.

                En 1978 Toshio Suzuki, alors journaliste pour un magazine spécialisé dans l’animation Animage, tente d’interviewer Isao Takahata et Hayao Miyazaki au sujet de leur film Horus, prince du soleil sorti en 1968 sous l’égide du studio Toei, mais tous deux refusent de commenter (le flop commercial de ce film a été à l’origine de la rétrogradation de Takahata aux studios Toei ; ce n’est donc pas un bon souvenir). N’ayant jamais oublié cet appel, Suzuki réessayera d’interviewer Miyazaki en 1979 pour la sortie de son premier film en tant que réalisateur : Le château de Cagliostro. Il rencontre le même mutisme de la part de l’artiste lors de l’interview, mais ils deviennent rapidement amis et commencent à discuter de projets de films.


De gauche à droite : Hayao Miyazaki, Toshio Suzuki et Isao Takahata

                Le projet de film que Miyazaki tient alors le plus à cœur est celui qui deviendra Nausicäa de la vallée du vent que Suzuki essayera de faire produire, mais il est alors impossible de faire produire un film d’animation s’il n’est pas basé sur un roman, manga ou comics déjà reconnu. C’est pourquoi Miyazaki dessine le manga du même nom, qui sera publié dans Animage grâce à Suzuki, et qui deviendra vite la rubrique la plus lue du magazine. La popularité du manga permet alors à Takahata de produire une adaptation en film d’animation qui sort en 1984, et dont le succès mènera à la création du studio Ghibli.

                Mais bien plus qu’un film à l’origine du studio Ghibli, Nausicäa est un film à forte connotation politique : Miyazaki s’y fait pionnier du mouvement écolo japonais et fervent défenseur de la paix dans le monde à tous prix.

                L’histoire se déroule mille ans après les « sept jours de feu », sept jours où des guerriers colossaux ont incendié la terre entière et mis fin à la société industrielle telle qu’on la connait. La tapisserie vue en travelling lors du générique de début du film montre très clairement que ces guerriers ne sont pas une punition divine mais bien une arme créée par l’homme : il s’agit d’une métaphore de l’arme nucléaire, qui détruirait notre civilisation si elle venait à être utilisée. La civilisation ainsi détruite, une nouvelle relation de force s’établit entre les communautés humaines ayant survécu et la nature.

                Sur ce monde brûlé poussa alors une forêt toxique, composée de plantes d’origines inoffensives rendues mortelles par la pollution contenue dans le sol et l’eau. En le découvrant, Nausicäa se demande qui a bien pu autant détruire la nature : sa société l’a oublié mais c’est bien nous que Miyazaki pointe du doigt. C’est ainsi qu’il se place à l’avant-garde du mouvement écolo : il posait déjà en 1984 les questions que le grand public commence tout juste à se poser aujourd’hui !


C’est dans son jardin secret sous le château que Nausicäa découvre les propriétés bénéfiques des plantes de la forêt toxique

                Cette forêt toxique menace de tout envahir, et les vents de la vallée de la princesse Nausicäa semblent être les seuls remparts durables face à ce danger. En revanche, un peuple guerrier – les Tolmèques – pense que la solution est plutôt d’incinérer la forêt toxique et ses insectes avec un guerrier géant qui a été retrouvé enterré à des centaines de mètres sous la ville de Pejite (guerrier animé par Hideako Anno, réalisateur de la série à succès Neon Genesis Evangelion). Deux points de vue s’affrontent alors : ceux qui souhaitent détruire la forêt et ceux qui souhaitent vivre avec. Une scène fortement symbolique est celle de la descente du seigneur Yupa dans le jardin secret de Nausicäa (image ci-dessus) : en descendant vers ce havre de paix, il traverse plusieurs salles remplies d’aéronefs de guerre et d’armes en ruines, annonçant que pour atteindre la paix et un équilibre avec la forêt toxique, il va d’abord falloir laisser tomber les armes.


Paysage des arbres pétrifiés sous la forêt toxique

                Plus tard dans le film, Nausicäa se retrouve projetée sous la forêt toxique, dans une forêt d’arbres anciens pétrifiés qui serait détruite en cas d’attaque des Tolmèques. Elle comprend alors que la forêt n’est pas là pour tuer les humains, mais bien pour purifier les eaux et le sol et de permettre à la Terre détruite de se régénérer. Cet effet est non sans rappeler celui des forêts que l’on détruit si allègrement aujourd’hui au profit des champs de palmiers à huile, et qui permettaient de purifier l’air concentré en dioxyde de carbone.

                Cet article n’est bien sûr pas exhaustif, et ne traite pas des autres engagements de Hayao Miyazaki comme le féminisme qui transparait grâce au personnage féminin fort qu’est la princesse Nausicäa. Il ne faut aussi pas oublier de souligner la qualité du scénario, des dessins et de l’animation, tous fruits du perfectionnisme qui fera l’excellence du studio Ghibli !

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