
Il y a des films qui vous cueillent sans prévenir, et celui-là en fait partie. Quelques mots d’amour, le nouveau long-métrage de Rudi Rosenberg, arrive dans les salles ce mercredi 28 octobre après un passage remarqué à Cannes, du côté d’Un Certain Regard, en mai dernier.
L’histoire se passe à Sarcelles, en 1995. Erika élève seule ses deux enfants. Sa fille Abigaëlle, elle, s’est mis en tête que ce père qu’elle n’a jamais connu l’aime en silence, quelque part. Au fil des années, cette certitude vire à l’obsession, et toute la famille finit par être entraînée dans cette quête un peu folle.
Le sujet pourrait virer au drame larmoyant. Il n’en est rien. Rosenberg, qu’on connaissait pour Le Nouveau et sa tendresse pour les gamins mal dans leur peau, tient le cap entre le rire et l’émotion avec une finesse rare. Les non-dits y pèsent lourd, les disputes aussi, mais jamais l’ensemble ne bascule dans le misérabilisme. C’est raconté de l’intérieur, à hauteur d’enfant, avec cette drôlerie qui désamorce ce qui pourrait être trop lourd à porter.
Et puis il y a Hafsia Herzi. On la savait immense depuis La Graine et le Mulet, on l’a vue passer derrière la caméra, mais là elle livre peut-être l’un de ses plus beaux rôles. En mère célibataire qui tient sa petite famille à bout de bras, elle fait tout passer dans un regard, un silence, une réplique balancée à la cantonade. Rien de démonstratif. Juste une présence, une vérité de chaque instant.
Pour prolonger la soirée, le film qui a révélé Hafsia Herzi en 2007, César du meilleur espoir à la clé.
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La révélation du film, c’est pourtant la jeune Nour Salam, qui incarne Abigaëlle adolescente. La caméra ne la lâche pas, et elle tient le choc face à sa partenaire plus expérimentée avec un aplomb assez bluffant pour une première apparition.
Alors oui, 1h37 au compteur, et un récit qui prend son temps, qui laisse respirer ses personnages. Ceux qui cherchent du spectaculaire passeront leur chemin. Mais pour qui aime le cinéma français qui parle des gens, des familles bancales et des manques qui structurent une vie, c’est un rendez-vous à ne pas manquer.
La presse de Cannes avait salué une des réussites discrètes de l’année. Après l’avoir vu, difficile de leur donner tort. C’est le genre de film qu’on quitte un peu chamboulé, et qu’on a envie de recommander à ses proches dans la foulée.
Crédit photo : Ad Vitam





