
Klara et le Soleil, c’est d’abord un très beau roman de Kazuo Ishiguro, paru en 2021, deux ans après son prix Nobel. On y suit une Amie Artificielle, un robot de compagnie acheté pour veiller sur Josie, une adolescente que la maladie oblige à vivre recluse. Klara observe le monde des humains avec une candeur qui serre le coeur, et elle voue au soleil une forme de foi presque religieuse. C’est doux, étrange, et ça parle de notre époque mieux que bien des essais sur l’intelligence artificielle.
Depuis le 21 octobre, c’est aussi un film. Taika Waititi derrière la caméra, Jenna Ortega dans le rôle de Klara, Amy Adams en mère rongée par l’angoisse, Simon Baker en retrait. 116 minutes, vingt millions de dollars, du très beau monde. Sur le papier, le projet avait de quoi faire saliver.
Le problème, c’est ce qui s’est passé à Londres. Présenté au festival mi-octobre, le film s’est pris une volée de bois vert. Peter Bradshaw dans le Guardian, Kevin Maher au Times, Tim Robey au Telegraph : une étoile sur cinq, chacun. Sur Rotten Tomatoes, à peine un quart d’avis favorables sur les premières critiques. Le Times parle d’un sentimentalisme poisseux et d’une Jenna Ortega transparente.
Avant d’aller au cinéma, le roman qui a tout déclenché :
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Ce qui revient le plus souvent, c’est un grand écart impossible à tenir. Le livre d’Ishiguro avance à pas feutrés, il laisse l’émotion monter toute seule sans jamais forcer. Waititi, lui, celui de Jojo Rabbit et de Thor Ragnarok, n’a pas su ranger son humour au placard. Plusieurs critiques trouvent que ses vannes sabotent la mélancolie du récit. On cherche la larme, et une blague arrive juste à temps pour l’écraser. Du coup le film ne sait plus très bien ce qu’il veut raconter.
Faut-il pour autant le fuir ? Pas si vite. Même mal dirigée, Jenna Ortega défend son robot avec une vraie présence, et quelques spectateurs disent avoir pleuré malgré tout. Et puis juger une adaptation de ce roman-là sans l’avoir vue serait un peu facile.
Mon conseil, si vous voulez mon avis : lisez d’abord le livre, qui est magnifique, puis allez vous faire votre idée sur le film en connaissance de cause. Vous saurez au moins ce que Waititi a gagné, et surtout ce qu’il a perdu en chemin.
Crédit photo : Sony Pictures / Columbia Pictures





