Culture

Après Le Mage du Kremlin, Giuliano da Empoli s’attaque aux seigneurs de la tech avec Le Fondateur, et c’est glaçant

posted by Vincent 26 octobre 2026
Couverture du roman Le Fondateur de Giuliano da Empoli, éditions Gallimard

Vous vous souvenez peut-être du Mage du Kremlin, ce roman de 2022 qui racontait Poutine depuis le bureau d’un conseiller de l’ombre et qui s’était vendu par centaines de milliers d’exemplaires. Giuliano da Empoli remet le couvert. Son nouveau livre, Le Fondateur, vient de paraître chez Gallimard, et il a déjà écoulé dix mille exemplaires en trois jours.

Le principe est le même, transposé ailleurs. Un narrateur nommé G., conseiller politique italien tombé en disgrâce, se fait recruter par Alexander Zimmer, patron d’une entreprise tentaculaire appelée Panoptik. Direction Marbella, où cette multinationale de la surveillance carbure à l’intelligence artificielle pour, ni plus ni moins, anticiper les soubresauts du monde.

Zimmer, vous l’aurez deviné, n’est pas sorti de nulle part. Le personnage décalque Peter Thiel, le cofondateur de Palantir, l’entreprise bien réelle qui vend du renseignement aux gouvernements. Et le nom de Panoptik renvoie aussi bien à cette firme qu’au panoptique de Foucault, cette prison idéale où un seul gardien voit tout sans jamais être vu. Le programme est posé.

Le Fondateur, Giuliano da Empoli

Le roman dont on parle ici, à lire d’une traite :

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Ce que raconte da Empoli, c’est une idéologie. Celle d’une poignée d’hommes très riches qui rêvent de diriger le monde comme on gère une start-up, qui célèbrent la force brute et considèrent la démocratie comme une vieillerie encombrante. L’auteur connaît la musique, il a été conseiller de Matteo Renzi et dirige un think tank à Paris. Du coup, quand il mélange le vrai et le faux, ça sonne terriblement juste.

Le roman avance par dialogues, entre 2018 et 2024, et il y a un vrai plaisir de lecture là-dedans. La mer, la brise sur une terrasse, et en face le vertige d’un pouvoir qui échappe à tout contrôle. Certains y verront une forme de théorie du complot, mais rendue acceptable, presque séduisante, ce qui est précisément le malaise que cherche l’auteur.

On peut lui reprocher de refaire un peu la même recette que son premier roman, le grand méchant charismatique vu par son âme damnée. Mais bon, quand la recette fonctionne et qu’elle parle aussi directement de notre époque, on ne va pas bouder. C’est un livre pour qui s’intéresse à ce que la tech est en train de faire à nos sociétés, et qui a envie d’y réfléchir sans s’ennuyer une seconde.

Crédit photo : Gallimard

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