
Il y a des adaptations qui ressemblent à des révérences polies. Celle-là non. Judith Godrèche s’empare de Mémoire de fille, le récit qu’Annie Ernaux avait publié chez Gallimard en 2016, et elle en fait quelque chose de personnel, presque brûlant. Le film sort ce mercredi 30 septembre, distribué par Jour2fête, après un passage cette année à Cannes dans la sélection Un Certain Regard.
Le point de départ, c’est l’été 1958. Annie a dix-huit ans, elle est monitrice dans une colonie de vacances de l’Orne, et elle y vit sa première nuit avec un homme. Sauf que ce n’est pas vraiment une histoire d’amour. C’est un moniteur plus âgé, puis la violence, l’emprise, et cette honte qui va la coller à la peau pendant des décennies. Ernaux avait mis cinquante ans à écrire dessus. Godrèche, elle, pose une caméra sur ce silence.
Le choix le plus troublant du film tient au casting. La jeune Annie est incarnée par Tess Barthélémy, qui n’est autre que la propre fille de la réalisatrice. Valérie Dréville joue l’écrivaine devenue adulte, celle qui revient sur ses pas lors d’une séance de dédicaces à Rouen. Autour d’elles, on croise Victor Bonnel, Ariane Labed et Louise Labèque.
Le récit d’Annie Ernaux dont le film est tiré, à lire ou relire avant d’aller en salle.
Mémoire de fille, Annie Ernaux (Folio) → voir sur Amazon
Lien affilié Amazon. En tant que Partenaire Amazon, je réalise un bénéfice sur les achats remplissant les conditions requises.
Et Tess Barthélémy est la vraie surprise. Elle porte le film sur son visage, son corps, ses hésitations, sans jamais surjouer le traumatisme. La mise en scène épouse ce parti pris. La caméra suit son regard, elle ne montre jamais la violence comme un spectacle. On comprend la dissociation, la sidération, ce moment où le corps continue mais où quelque chose s’est éteint. C’est fort. Et franchement rare au cinéma.
On sait tous d’où parle Godrèche depuis deux ans, ce qu’elle a dénoncé, le silence qu’elle a fait exploser. Du coup le film porte forcément cette conscience-là. Il donne une voix à une expérience longtemps tue, et il le fait sans discours, juste avec du regard.
Tout n’est pas parfait. La reconstitution des années cinquante manque parfois de souffle, un peu empesée, avec les tics attendus du film d’époque. Mais ça ne pèse pas lourd face à ce que le film réussit ailleurs. Si vous avez aimé la langue d’Ernaux, ou si le sujet vous touche de près, allez-y sans hésiter. C’est un beau geste de cinéma, et un passage de témoin entre une mère et sa fille qu’on n’oublie pas de sitôt.
Crédit photo : Jour2fête





