
Il a eu 80 ans le 7 octobre. Et plutôt que de souffler ses bougies tranquillement, Bernard Lavilliers a sorti un disque. Rite Cruel, son 23e album, est arrivé dans les bacs le 23 octobre, chez Barclay. Douze titres. Un demi-siècle de carrière derrière lui, et toujours la même idée fixe : se battre avec les mots.
Ce qui frappe d’abord, c’est la géographie. L’album a été enregistré entre Paris, Rio de Janeiro et Kinshasa, et ça s’entend dès les premières mesures. Chorales congolaises, samba, bossa, violons, rock électrique. Lavilliers n’a jamais voulu choisir, et à 80 ans il continue de brasser les continents comme personne.
Le single d’ouverture s’appelle Coriace, et le titre résume assez bien le bonhomme. La voix a gagné en gravité, elle racle, elle pèse, mais elle porte toujours des textes taillés au couteau. On est loin du vieux monsieur qui ressort les tubes pour faire plaisir avant la tournée des Zénith prévue en 2027.
Côté sujets, il n’a rien lâché. Ligne de feu évoque frontalement la guerre en Ukraine. Soño raconte l’exil cubain. À vendre dénonce une époque où tout se monnaye. Et puis il y a cette Berceuse des enfants d’Europe, qui vous cueille là où on ne l’attend pas. Lavilliers chante que la seule arme qui vaille, c’est de se battre avec les mots pour arrêter la guerre. Dit par un autre, ça sonnerait comme une pétition. Dans sa bouche, ça tient debout.
L’album dont on parle, à écouter en entier :
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Tout n’est pas parfait, bien sûr. Certains morceaux rejouent une formule qu’on connaît par cœur depuis Les Barbares ou On the Road Again, et on aurait aimé un peu plus de surprise par moments. Mais quand même, à cet âge-là, garder cette tension et cette rage intactes, c’est rare.
Les arrangements doivent beaucoup à Victor le Masne, Cyrille Aufort et Fred Pallem, qui donnent à l’ensemble une ampleur presque cinématographique sans jamais noyer la voix. C’est le bon dosage.
Si vous avez grandi avec Lavilliers, ou même si vous le connaissez de loin, Rite Cruel est de ces albums qui se méritent à l’écoute entière, pas en playlist survolée. Le genre de disque qu’on met un dimanche d’automne, le casque vissé, pour se rappeler qu’un chanteur engagé, ça peut encore dire quelque chose en 2026.
Crédit photo : Barclay / Universal Music





