
On l’avait quitté en 2023 avec Fantasy, un disque ample, presque triomphal. Le voilà qui revient par la petite porte. Anthony Gonzalez, le cerveau de M83, sort ce 25 septembre I Wrote You A Letter, son dixième album, et c’est un virage complet.
Fini les cathédrales de synthés qui montent jusqu’au ciel. Cette fois, le garçon d’Antibes est retourné dans sa chambre. Il a repris des démos commencées à l’été 2024, avec l’envie de retrouver l’immédiateté de ses débuts, les enregistrements bricolés, les imperfections assumées, cette liberté de composer sans penser à personne. Neuf titres seulement. Pas un de trop.
Le résultat surprend. Là où on attendait les refrains stadium façon Midnight City, on tombe sur des morceaux qui respirent et laissent du silence entre les notes. Blister Sunrise ouvre le bal sur deux accords mélancoliques et une progression toute simple. Opera part presque en instrumental, avec un orgue qui finit par tout envahir. Losing Ground, sans doute le sommet du disque, s’amuse avec des rythmes bancals qui accrochent l’oreille. Et Siren / Behold… Beasts va chercher quelque chose de plus sombre, presque inquiet.
Gonzalez ne s’en cache pas : cet album vient de sa désillusion face au monde, l’image d’un bandeau qu’on retire pour découvrir ce qu’il y a derrière. Ça donne une dream pop nappée de synthés gonflants, où la mélodie semble trouvée par hasard plus que construite au millimètre. On est loin du feu d’artifice. On est dans l’intime.
Pour (re)plonger dans le grand M83 en attendant d’apprivoiser ce nouveau disque, l’album culte Hurry Up, We’re Dreaming reste la meilleure porte d’entree.
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Alors est-ce que ça marche ? Plutôt, oui. Il faut juste accepter de lâcher prise. Ceux qui viennent chercher le tube qui décoiffe risquent de trouver le temps un peu long, parce que le disque demande de l’attention, une écoute au casque, un vrai moment posé. Mais quand on s’y installe, il y a une vraie beauté là-dedans, une émotion qui monte tout doucement sans jamais forcer.
Pour la petite histoire, tout ça est sorti sur Other Suns, le label que Gonzalez a monté lui-même, entouré de Joe Berry, Villeneuve et Clément Libes. Un disque fait à la maison, pour de vrai.
Si vous aimez la face la plus rêveuse et cotonneuse de M83, celle des interludes plus que des singles, foncez. Si vous cherchez le prochain Midnight City, patientez encore un peu. En tous cas, à quarante-six ans, Anthony Gonzalez prouve qu’il a encore des choses à raconter, et qu’il n’a besoin de personne pour ça.
Crédit photo : M83




