
Une classe de terminale, un prof de latin, un voyage scolaire à Naples. Sur le papier, on connaît la chanson. Mais Marine Atlan, pour son tout premier long métrage, en tire autre chose qu’une énième chronique adolescente.
Le film est sorti le 21 octobre, il dure 2h25, et il a déjà raflé le Grand Prix de la Semaine de la critique à Cannes au printemps, puis le prix d’Ornano-Valenti à Deauville. La France l’a même présélectionné pour les Oscars. Pour un premier film porté par des visages inconnus, ça force le respect.
L’histoire, donc. Des lycéens débarquent à Pompéi pour arpenter les ruines et regarder en face les corps pétrifiés par le Vésuve, ces moulages de plâtre figés dans leur dernière seconde. Et là, quelque chose se détraque. Le désir monte, la colère aussi, et toute la petite troupe se laisse déborder. Au centre, Toni cherche à démêler un secret de famille accroché à cette ville. La mort collective d’hier vient frotter contre les vertiges intimes d’aujourd’hui.
Ce qui frappe, c’est la manière dont Atlan change de peau en cours de route. Elle part d’un naturalisme presque documentaire, caméra près des visages, diction qui bute, timidités d’ados. Puis le film s’affranchit, laisse entrer les couleurs, la musique, une forme de lyrisme, jusqu’à basculer carrément vers le mélodrame. Ce glissement est son vrai geste de cinéaste.
Le titre du film renvoie à ce texte où Freud décortique le roman de Jensen, une lecture courte et fascinante pour prolonger la séance.
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Côté interprètes, Colas Quignard, vingt ans, est une révélation. Il tient un rôle difficile avec un naturel désarmant, et Antonia Buresi, en prof, lui donne la réplique avec une vraie densité. Le casting a pris deux ans, et ça se voit : ces gamins existent à l’écran.
Tout n’est pas parfait pour autant. Le démarrage traîne un peu, la fameuse séquence du train souffre d’un éclairage incertain et de dialogues qu’on peine à saisir. Et le sous-texte sociologique, cette idée de méritocratie scolaire qui ne tient plus ses promesses, manque parfois de crédibilité quand il s’agit d’expliquer pourquoi ces élèves-là se retrouvent en latin.
Des réserves, oui. Mais la presse ne s’y est pas trompée, avec une moyenne qui tutoie les 4,5 sur 5. Si vous aimez le cinéma d’auteur français quand il ose la grâce plutôt que le confort, foncez. C’est le genre de premier film qu’on a envie de défendre.
Crédit photo : AlloCiné




