Culture

Le Musée Picasso ressort Kurt Schwitters après trente ans, l’artiste qui faisait de l’art avec des tickets de tram et des déchets

posted by Vincent 24 octobre 2026
Affiche de l'exposition Kurt Schwitters, Le chaos-monde, au Musée Picasso-Paris, avec un collage Merz

Il y a des artistes dont tout le monde a croisé le travail sans jamais retenir le nom. Kurt Schwitters en fait partie. Le Musée Picasso lui consacre, depuis le 6 octobre et jusqu’au 7 février, sa première grande rétrospective française depuis plus de trente ans. Plus de 300 pièces, c’est énorme, et ça remet d’un coup en pleine lumière un type qui passait son temps à ramasser ce que les autres jetaient.

Schwitters, né à Hanovre en 1887, a inventé un mot pour désigner ce qu’il fabriquait : Merz. Le terme vient d’un bout de papier découpé où traînait la fin de « Kommerz », la banque allemande. Voilà toute sa méthode résumée dans un fragment. Prendre un déchet, un ticket de tram, un emballage, un morceau de grillage, et en faire une composition qui tient debout, qui a sa couleur et sa texture à elle. Rien n’est trop sale ou trop banal pour finir collé sur une toile.

L’exposition a aussi son morceau de bravoure, le Merzbau. C’était une sculpture-maison qu’il a bâtie dans son propre appartement de Hanovre, pièce après pièce, pendant des années. Les bombardements de 1943 l’ont rasée. Ce qu’on voit à Paris, c’est une reconstitution faite dans les années 1980 à partir de photos d’époque, et c’est à peu près la seule façon aujourd’hui d’y entrer. Rien que pour ça, le détour se justifie.

Kurt Schwitters: Merz Art

Pour prolonger la visite et comprendre comment Schwitters transformait des déchets en art, cette monographie est une bonne porte d’entrée.

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Derrière le jeu et les couleurs, il y a une histoire beaucoup moins drôle. Les nazis l’ont rangé parmi les artistes « dégénérés », il a fui en 1937, direction la Norvège, puis l’île de Man comme interné, et enfin la campagne anglaise du Lake District où il est mort en 1948, à peu près sans un sou. Son grand poème sonore, l’Ursonate, une partition de bruits et de syllabes qui dure une demi-heure, continue de dérouter autant qu’elle fascine.

Le Musée Picasso n’a pas choisi Schwitters au hasard. Les deux partageaient la même idée un peu folle, faire entrer le vrai monde et les vrais objets dans le tableau. Comptez 12 à 16 euros l’entrée, ouvert du mardi au dimanche, et c’est au cœur du Marais.

Si pour vous l’art moderne c’est trois carrés sur fond blanc et rien à comprendre, allez voir ça. On ressort avec l’envie de regarder sa poubelle autrement.

Crédit photo : Musée national Picasso-Paris

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