
Un peintre américain de 71 ans, encore presque inconnu du grand public français, remplit en ce moment les salles du Musée d’Art Moderne de Paris. Et si vous ne deviez voir qu’une seule expo cet automne, ce serait peut-être celle-là.
Kerry James Marshall, c’est son nom, né à Birmingham en 1955, en pleine ségrégation, du côté de l’Alabama qui a vu naître le mouvement des droits civiques. Toute son œuvre part de là, d’un constat tout bête qu’il fait jeune : dans les grands musées, dans les manuels, les corps noirs sont absents. Alors il a passé quarante ans à réparer ça, toile après toile.
« The Histories » rassemble soixante-dix œuvres, dont huit tableaux peints spécialement pour l’occasion. C’est sa première rétrospective en France, montée avec la Royal Academy de Londres et le Kunsthaus de Zurich, et ça se sent : le parcours est ample, aéré, rangé en onze chapitres qui courent des années 1980 à aujourd’hui.
Ce qui frappe d’abord, c’est le noir. Marshall peint ses personnages dans un noir profond, presque intégral, sans nuance pour « adoucir » la peau. Un parti pris radical qui, sur la toile, devient d’une beauté folle. Ses scènes montrent des salons de coiffure, des terrains de basket, des barbecues de quartier, des couples qui s’enlacent. Rien d’héroïque au premier regard, juste la vie ordinaire, mais traitée avec la grandeur qu’on réservait d’habitude aux rois et aux batailles.
Prenez son grand « School of Beauty, School of Culture », un salon où des femmes se coiffent et discutent pendant que des enfants jouent par terre. On pourrait y passer une heure tant il fourmille d’affiches, de reflets et de petites histoires. C’est joyeux, bavard, et en même temps ça parle d’estime de soi et d’un idéal de beauté qui a longtemps exclu ces femmes-là.
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Et puis il y a le savoir-faire, pur et simple. Marshall connaît son histoire de l’art sur le bout des doigts, il cite Holbein, les primitifs flamands, Seurat, et il glisse tout ça dans des compositions qui tiennent aussi debout toutes seules, même si on ne voit pas les références. On peut donc venir sans bagage, juste se laisser porter par la couleur.
Mon seul bémol tient au prix, 17 euros le billet, ce qui pique un peu pour une expo qu’on traverse vite si on reste en surface. Prenez le temps, du coup. Revenez sur les tableaux, cherchez les détails, les petits collages, les clins d’œil cachés dans les décors. C’est là que tout se joue.
L’expo tient jusqu’au 24 janvier, vous avez donc de la marge. Mais ne traînez pas trop : le bouche-à-oreille a déjà commencé, et les files du week-end s’allongent. Un peintre qu’on vous conseille vraiment de découvrir avant tout le monde.
Crédit photo : Ville de Paris





