Culture

Kerry James Marshall peint des corps noirs en grand, et le Musée d’Art Moderne lui offre enfin la France

posted by Vincent 6 octobre 2026
Peinture de Kerry James Marshall representant un salon de beaute afro-americain anime, personnages aux silhouettes d'un noir profond

Il aura fallu attendre 2026 pour que la France consacre une vraie rétrospective à Kerry James Marshall. Une œuvre immense, saluée partout dans le monde, et toujours aucune grande expo chez nous : c’est le genre de retard qu’on finit par trouver gênant. Le Musée d’Art Moderne de Paris le répare jusqu’au 24 janvier 2027, avec soixante-dix œuvres rassemblées et huit toiles peintes spécialement pour l’occasion.

Marshall est né en 1955 à Birmingham, en Alabama, en plein cœur de la ségrégation et du mouvement des droits civiques. Toute sa peinture part de là, d’un constat simple : les figures noires sont quasi absentes de l’histoire de l’art occidental. Alors il les y remet, et pas timidement.

Sa marque de fabrique, ce sont ces personnages d’un noir très profond, presque sans nuances, posés dans des scènes du quotidien ou dans de grandes compositions à la Manet. Le choix est politique autant que pictural : impossible de les regarder sans voir d’abord leur couleur, exactement là où la peinture classique n’a jamais voulu les montrer.

L’expo remonte quatre décennies de travail. Une salle entière s’attaque au Middle Passage, ce voyage effroyable des Africains déportés à travers l’Atlantique pour être vendus comme esclaves. Une autre réunit des portraits imaginaires de figures noires dont il ne reste presque aucune image, comme Scipio Moorhead ou Harriet Tubman. Peindre un visage quand les archives l’ont effacé, c’est tout le sujet.

Kerry James Marshall (Phaidon)

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Il y a aussi des estampes, des dessins, quelques sculptures, et une vraie dose d’afrofuturisme pour ne pas rester enfermé dans la seule douleur historique. C’est une œuvre qui regarde le passé en face, mais qui ne s’y vautre pas.

Un mot d’avertissement quand même : certaines salles abordent frontalement l’esclavage et la violence raciale. Ce n’est pas une expo pour occuper les enfants un dimanche après-midi, le musée le dit lui-même.

Côté pratique, c’est au 11 avenue du Président Wilson, dans le 16e. Comptez 17 euros plein tarif, 15 en réduit, et c’est gratuit pour les moins de 18 ans. On vous conseille d’y aller sans a priori, même si l’art contemporain vous laisse souvent sur le seuil : Marshall raconte des histoires, au sens le plus direct du terme, et ça se regarde un peu comme on lirait un roman.

À voir, vraiment, avant que l’hiver ne file.

Crédit photo : Kerry James Marshall / Musee d’Art Moderne de Paris

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