
Il y a des films qui tiennent sur une seule idée, un seul lieu, une poignée d’heures. Celui-ci en fait sa force. Rémi Bassaler signe son premier long de fiction et il a le culot de tout jouer sur une nuit, entre quatre murs, avec deux femmes qui n’auraient jamais dû se croiser.
Judith est médecin dans une ville de banlieue. Demain, elle prend sa retraite. Ce soir, à quelques heures de tout raccrocher, débarque Aïda, enceinte de huit mois, sans suivi, en rupture de soins et de tout le reste. Le système hospitalier est à bout, les portes se ferment les unes après les autres, alors Judith fait ce qu’elle n’aurait pas dû faire. Elle ouvre la sienne et garde la jeune femme pour la nuit.
Anouk Grinberg porte le film sur ses épaules. Elle ne surjoue jamais la fatigue de la soignante, elle l’habite, avec cette lassitude douce qui vire à l’entêtement quand plus personne ne veut décider à sa place. Face à elle, Luàna Bajrami campe Aïda avec une méfiance de bête blessée qui se fissure lentement. Le duo fonctionne, et c’est là que le film est le plus juste.
Anouk Grinberg n’écrit pas que pour l’écran : dans Respect, elle raconte les violences subies sur les plateaux et prolonge l’engagement qu’on retrouve dans ce film.
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Bassaler a écrit son scénario avec Marion Defer, en le mûrissant pendant des années, résidence d’écriture à l’appui. Ça se sent. Le huis clos avance par petites secousses, une décision, un coup de fil qui ne passe pas, un silence, et la tension monte sans effet de manche. En 1h20 à peine, personne ne s’endort.
Après, il faut être honnête. L’accueil critique est partagé, autour de 2,8 sur 5, et on comprend pourquoi. Le film assume son propos sur l’hôpital public qui craque, quitte à parfois appuyer un peu fort là où le silence suffisait déjà. Quand le sujet est aussi frontal, la moindre réplique explicative pèse le double.
Reste que le cinéma social français à hauteur d’humain, sans grande leçon plaquée dessus, ça se fait de plus en plus rare. Si vous aimez ces films tendus qui parlent de nous sans nous prendre pour des idiots, celui-là mérite le déplacement. Ne serait-ce que pour Grinberg, qui n’a plus rien à prouver et le prouve quand même.
Crédit photo : AlloCiné





