
Paul Murray, vous le connaissez peut-être sans le savoir. C’est l’Irlandais qui avait signé Skippy dans les étoiles, cette comédie douce-amère se déroulant dans un internat catholique de Dublin. Le revoilà avec La piqûre d’abeille, paru chez Albin Michel il y a deux semaines, traduit par Pierre Demarty. Un pavé de presque 700 pages qui a déjà tout raflé côté anglophone : finaliste du Booker Prize, livre de l’année pour le Time, le New Yorker et le Washington Post. Rien que ça.
L’histoire tient dans une phrase : ça ne tourne plus rond chez les Barnes. Le garage automobile familial coule, l’argent manque, et chacun des quatre membres de la tribu s’enfonce à sa façon dans sa propre crise. Le père qui fuit, la mère qui craque, la fille ado qui se cherche, le petit garçon qui bricole des plans de survie pour la fin du monde. Le tout raconté à quatre voix, chacune avec sa musique.
C’est là que Murray est fort. Il prend une mécanique de déclassement social plutôt classique, l’Irlande d’après la crise de 2008, et il en tire quelque chose de terriblement drôle et de terriblement triste, parfois dans la même page. Son vrai sujet, c’est l’auto-sabotage. Cette manière qu’ont les gens de prendre systématiquement la pire décision possible, de se mentir à eux-mêmes, de croire à la pensée magique pour ne pas regarder le mur en face.
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Alors oui, 688 pages, ça se mérite. Il faut accepter d’entrer lentement, de laisser chaque voix s’installer. Murray prend son temps, change de style à chaque personnage, se paie même un passage sans ponctuation qui pourra en agacer certains. Mais une fois dedans, on ne sort plus. La tension monte comme dans un polar, sauf que le suspense ici, c’est de savoir jusqu’où une famille peut se saboter avant que tout explose.
Ce n’est pas un livre gai, disons-le. Mais ce n’est jamais plombant non plus, parce que Murray a un humour féroce et une vraie tendresse pour ses paumés. Si vous cherchez un gros roman à emporter pour l’automne, un de ceux dans lesquels on disparaît une semaine entière, celui-là fait clairement le job. Un des rendez-vous à ne pas manquer de cette rentrée.
Crédit photo : Albin Michel





