
Il y a des livres qu’on ouvre en se méfiant du sujet, parce que l’École et ses malheurs, on nous en sert à toutes les sauces. Et puis on tombe sur celui-là.
La solitude des professeurs est infinie vient de paraître chez Gallimard, dans la collection Blanche. C’est le nouveau Yannick Haenel, et pour tout vous dire, c’est peut-être son meilleur.
Le narrateur s’appelle Jean Deichel. Les lecteurs de Haenel le connaissent déjà : ce double de papier traîne dans ses romans depuis 2001, il portait Tiens ferme ta couronne, prix Médicis 2017, puis Le trésorier-payeur en 2022. Cette fois, il a vingt ans et débarque comme stagiaire dans un collège de banlieue parisienne.
Le jour, il apprend le métier, le chahut, la fatigue, la beauté aussi. La nuit, il dort dans un club de tennis à Deuil-la-Barre. Oui oui, un club de tennis.
Haenel sait de quoi il parle : avant d’écrire, il a enseigné le français pendant quinze ans. Ça se sent à chaque page, dans les détails qui ne s’inventent pas.
Le roman est en librairie depuis le 20 août, si vous voulez vous faire votre propre idée :
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Mais le roman ne reste pas sur l’anecdote. En creux, il regarde en face les assassinats de Samuel Paty et Dominique Bernard, ces deux professeurs tués pour avoir fait leur travail. Et là, Haenel réussit quelque chose de rare : il en parle sans récupérer, sans transformer le drame en tribune. Il honore les morts sans les figer en symboles.
Le style, lui, passe de l’ample au précis, du comique au méditatif, sans jamais forcer. Une scène résume tout : après une inspection humiliante, des collégiens se passent un livre de Charlotte Delbo et se mettent à le lire à voix haute. Rien de spectaculaire, et pourtant on a la gorge serrée.
Alors ce n’est pas un livre gai. Le magazine ELLE le résume bien : sombre, mais qui finit dans un éclat de vie. Il y a des échappées lumineuses, des rêveries du côté de Pompéi et de Tarquinia, une vraie foi dans ce que la littérature peut encore sauver.
Pour qui c’est ? Pour tous ceux qui ont un jour aimé un prof, ou qui en sont un. Et plus largement pour ceux qui pensent que lire à voix haute dans une salle de classe, ça compte encore.
Si vous ne deviez emporter qu’un roman de cette rentrée, celui-là mérite franchement sa place dans le sac.
Crédit photo : Gallimard





