Culture

Un journaliste irlandais embarque sur un câblier pour comprendre pourquoi internet se coupe, et Colum McCann en tire un roman qui répare surtout des hommes cassés

posted by Vincent 25 août 2026
Couverture du roman Ce qui nous frôle sous la surface de Colum McCann, éditions Belfond

Vous tapez une adresse, la page s’affiche, et vous n’y pensez jamais. Pourtant tout ce que vous envoyez en ligne, ou presque, file au fond des océans dans des câbles à peine plus épais qu’un tuyau d’arrosage. Colum McCann est parti de ce détail vertigineux, et il en a tiré un roman qui vient de paraître en français sous le titre Ce qui nous frôle sous la surface, chez Belfond.

L’auteur irlandais, on le connaît surtout pour Et que le vaste monde poursuive sa course, qui lui avait valu le National Book Award en 2009.

Cette fois il suit Anthony Fennell, journaliste dublinois un peu à la dérive, dramaturge en panne d’inspiration, qui accepte un reportage sur les câbles sous-marins. Direction un navire câblier au large de l’Afrique de l’Ouest, là où une rupture vient de couper une partie du réseau.

À bord, Fennell rencontre John Conway, chef de mission et plongeur, l’homme chargé de réparer la fracture. Un type méthodique, opaque, qui semble tenir le monde ensemble à mains nues. Sauf que voilà, à mesure que le navire recoud le câble par plusieurs milliers de mètres de fond, c’est Conway lui-même qui commence à se défaire.

Ce qui nous frôle sous la surface, Colum McCann (Belfond)

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Tout le roman tient dans ce parallèle. On répare des fils invisibles pendant qu’un homme, lui, se rompt. Et McCann ne l’a pas imaginé depuis son bureau : il a embarqué sur un vrai câblier français pour tout observer de près, et ça se sent. La mécanique des réparations, la vie confinée à bord, les silences entre marins, tout sonne juste.

C’est aussi là que le bât peut blesser. La prose de McCann est dense, chargée d’images et de références qui vont de Joyce à Conrad. Le Guardian l’a trouvée parfois un peu trop consciente de sa propre beauté, et je comprends le reproche. Certaines pages demandent qu’on ralentisse, qu’on relise. Ce n’est pas un livre qu’on avale dans le métro.

Mais si vous acceptez ce rythme, il y a là quelque chose de rare. Une méditation sur ce qui nous relie et sur la facilité avec laquelle tout peut casser : une amitié, une réputation, un câble posé dans le noir. Kirkus a parlé d’un livre sidérant, à ranger près de son grand roman de 2009, et pour une fois la comparaison ne me paraît pas usurpée.

Pour qui aime la littérature qui prend son temps et regarde le monde par en dessous, c’est une des belles traductions de cette rentrée.

Crédit photo : Belfond

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