Idées

Stephen King, l’écrivain qui n’a jamais rangé ses colères au placard

posted by Vincent 27 juillet 2024
Stephen King, l'écrivain qui n'a jamais rangé ses colères au placard

On connaît Stephen King pour ses clowns terrifiants et ses petites villes du Maine où le mal rôde sous le vernis tranquille. On oublie parfois qu’à côté du maître de l’horreur, il y a un citoyen américain qui ne mâche pas ses mots.

Et ça ne date pas d’hier. Jeune homme, King s’était déjà engagé contre la guerre du Vietnam. Plusieurs décennies plus tard, le voilà anti-trumpiste déclaré, fidèle à des idéaux démocrates qu’il n’a jamais reniés.

Sa tribune préférée, c’est le réseau social X, où il commente l’actualité quasi quotidiennement. L’homme est cash. Il a dit tout net qu’à ses yeux Trump fut un président épouvantable et reste une personne épouvantable, allant jusqu’à le décrire comme un sociopathe ayant tenté de renverser la démocratie américaine.

Mais l’engagement de King ne se limite pas aux petites phrases. Il met aussi la main au portefeuille. L’écrivain a versé des sommes considérables pour soutenir des candidats démocrates locaux et financer les bibliothèques scolaires de sa région du Maine. Chez lui, défendre la lecture publique et défendre une certaine idée de l’Amérique, c’est le même combat.

Ce qui est plus intéressant encore, c’est de voir comment tout cela irrigue son œuvre. King n’écrit pas des pamphlets déguisés en romans, rassurez-vous. Mais ses convictions affleurent.

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Le roman le plus politique de King, à lire pour juger sur pièces :

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Son roman Holly est sans doute le plus politique qu’il ait signé. L’intrigue se déroule dans l’Amérique de Trump et brasse les théories du complot, le mouvement Black Lives Matter, l’onde de choc de MeToo. Le réel y entre par effraction, comme souvent chez lui, sans jamais étouffer le suspense.

C’est tout le tour de force du bonhomme. Faire passer ses idées sans sacrifier le plaisir de la fiction. On peut lire King pour frissonner et n’attraper le sous-texte que plus tard, ou pas du tout. Le récit fonctionne d’abord comme une mécanique de tension, et la politique se glisse dans les interstices.

Faut-il pour autant adhérer à ses opinions pour l’apprécier ? Évidemment non. On peut trouver qu’il en fait parfois trop sur les réseaux, qu’il tire un peu vite sur tout ce qui bouge à droite. Son franc-parler frôle parfois la caricature, et ses adversaires ne se privent pas de le lui rappeler.

Reste qu’il y a quelque chose de réconfortant à voir un auteur de cette envergure refuser le confort du silence. À quatre-vingts ans passés, alors qu’il pourrait se contenter de compter ses droits d’auteur, King continue de monter au front.

Ses monstres, finalement, ont toujours parlé de l’Amérique réelle, de ses peurs et de ses lâchetés. Que l’écrivain prolonge ce dialogue à découvert, sur la place publique, n’a rien d’une surprise. C’est la même voix, simplement débarrassée du déguisement.

Crédit photo : DR

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