
Rose adore son grand frère Sam. Ils sont de ceux qui se comprennent d’un regard, qui partagent tout depuis l’enfance. Puis une femme accuse Sam de viol, et la justice demande à Rose de venir témoigner. C’est là, exactement là, que commence The Good Sister, premier long métrage de l’Allemande Sarah Miro Fischer, sorti dans nos salles le 2 septembre.
Le pari du film est de ne jamais se placer là où on l’attend. Pas du côté de l’enquête, pas du côté de la victime, pas même vraiment du côté de l’accusé. Fischer choisit le point de vue le plus inconfortable qui soit, celui de la proche. Celle qui aime, qui doute, qui voudrait ne pas savoir, et qui doit pourtant regarder en face ce qu’elle croyait connaître par cœur.
Marie Bloching porte tout ça sur ses épaules, et c’est une révélation. Son visage devient le vrai décor du film. On y lit la tendresse, le déni, la peur, cette bascule minuscule où la certitude se fissure. Anton Weil, en frère qu’on n’arrive plus tout à fait à cerner, entretient le malaise sans jamais forcer le trait.
La mise en scène va dans le même sens. Longues focales qui écrasent l’arrière-plan, miroirs un peu partout, une bande-son qui étouffe plus qu’elle ne souligne. Fischer se méfie du lyrisme, coupe la musique quand un autre aurait appuyé, et laisse le silence faire le travail. Le film respire l’assurance d’une cinéaste qui sait déjà exactement ce qu’elle refuse.
Sur ce vertige des proches confrontes aux violences sexuelles, le recit de Vanessa Springora reste une lecture qui marque.
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Alors oui, il y a des limites. Le langage visuel reste parfois un peu trop sage, la partition surligne çà et là ce qui se passait très bien de commentaire. On aurait aimé, par moments, un peu plus de risque formel. Mais ce sont des réserves de premier film, pas des défauts qui plombent.
Ce qui reste, c’est une question qui vous suit longtemps après la séance. Que fait-on quand la parole d’une inconnue vient démolir l’image de quelqu’un qu’on aime ? Jusqu’où va la loyauté, et à partir de quand devient-elle une forme de complicité ? The Good Sister ne vous donne pas la réponse. Il vous laisse avec, et c’est bien plus dérangeant.
Un premier film d’1h35, tendu comme une corde, qui parle de nous tous sans jamais faire la leçon. À voir.
Crédit photo : Memento Distribution





