Idées

Le syndrome de Yentl : quand la médecine soigne moins bien les femmes

posted by Vincent 1 juin 2024
Le syndrome de Yentl : quand la médecine soigne moins bien les femmes

Les femmes sont-elles aussi bien soignées que les hommes ? La réponse, étayée par des décennies d’études, est non. Et ce constat a un nom : le syndrome de Yentl.

Derrière cette appellation un peu mystérieuse se cache une réalité très concrète. À symptômes égaux, les patientes sont régulièrement moins bien prises en charge que les patients, parce que la médecine s’est longtemps construite sur un modèle masculin. Le corps de l’homme comme référence, celui de la femme comme variante, voire comme cas à part. Résultat : des diagnostics ratés, retardés, ou minimisés.

L’exemple le plus parlant, c’est le cœur. Les maladies cardio-vasculaires sont aujourd’hui la première cause de décès chez les femmes. Pourtant, l’imaginaire collectif associe toujours l’infarctus à un quinquagénaire qui se tient la poitrine. Sauf que chez les femmes, les signes sont souvent différents, plus diffus, et donc plus facilement balayés d’un revers de main. On parle de stress, de fatigue, d’anxiété, là où on enverrait un homme passer des examens.

Le nom du syndrome vient d’ailleurs. Yentl est l’héroïne d’un roman d’Isaac Bashevis Singer, publié en 1962 et adapté au cinéma en 1983 avec Barbra Streisand. L’histoire d’une jeune femme juive contrainte de se déguiser en garçon, au début du vingtième siècle, pour accéder à une éducation réservée aux hommes. La métaphore est limpide : pour être prise au sérieux, mieux vaut ressembler à un homme.

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C’est la cardiologue américaine Bernardine Healy qui a théorisé tout cela, dès 1991. Elle a montré qu’en cas de syndrome coronarien aigu, les femmes étaient moins souvent hospitalisées que les hommes. Et le biais ne s’arrête pas au cœur. On le retrouve dans la prise en charge des pneumonies, des AVC, des arythmies, de la pose de défibrillateurs, ou encore de certaines opérations articulaires. Partout, une petite différence de traitement qui, mises bout à bout, pèse lourd.

Le plus troublant, c’est que ces biais ne relèvent presque jamais d’une mauvaise volonté. Aucun médecin ne se lève le matin en décidant de moins bien soigner ses patientes. Ce sont des réflexes hérités, des protocoles calibrés sur des essais cliniques menés majoritairement sur des hommes, des intuitions faussées par la culture. Autrement dit, un problème de système plus que de personnes. Ce qui ne le rend pas moins grave, au contraire.

La bonne nouvelle, c’est que mettre un mot sur un phénomène, c’est déjà commencer à le combattre. De plus en plus de chercheuses et de soignants s’emparent du sujet, réclament des études incluant davantage de femmes, et alertent sur ces angles morts.

En attendant, le meilleur réflexe reste de connaître ces mécanismes. Savoir qu’un essoufflement ou une douleur inhabituelle méritent qu’on insiste, qu’on demande des examens, qu’on ne se laisse pas renvoyer chez soi avec un « c’est sans doute le stress ». C’est moins une question de méfiance que de vigilance.

Crédit photo : DR

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