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L’infarctus au féminin, ce mal longtemps lu avec les yeux des hommes

posted by Vincent 3 juin 2023
L'infarctus au féminin, ce mal longtemps lu avec les yeux des hommes

Pendant des décennies, la crise cardiaque a été pensée comme une affaire d’hommes. Le tableau classique, douleur écrasante dans la poitrine irradiant vers le bras gauche, sueurs froides, a façonné les manuels de médecine et les réflexes des soignants. Le problème, c’est que ce scénario correspond surtout à la manière dont les hommes font un infarctus. Chez les femmes, la réalité se révèle plus discrète, plus trompeuse, et c’est précisément là que se niche le danger.

Une étude relayée récemment vient confirmer ce que la cardiologie commence à admettre : les mécanismes de l’infarctus diffèrent selon le sexe. Chez l’homme, l’athérothrombose, autrement dit l’obstruction d’une artère par un caillot formé sur une plaque de cholestérol, explique environ trois quarts des accidents. Chez la femme, ce même mécanisme ne représente qu’un peu moins de la moitié des cas. Le reste tient à d’autres causes : un déséquilibre entre les besoins et l’apport en oxygène du cœur, aggravé par une anémie ou une infection, ou encore des déchirures spontanées de la paroi artérielle, un phénomène nettement plus fréquent chez les femmes.

Cette différence n’est pas un détail académique. Quand les symptômes prennent la forme d’une fatigue inhabituelle, d’un essoufflement, de nausées ou d’une simple gêne dans le dos ou la mâchoire, le diagnostic tarde. La patiente minimise, l’entourage rassure, et parfois le corps médical lui-même passe à côté. Résultat : une prise en charge retardée, des chances de survie réduites, des séquelles plus lourdes.

Les facteurs de risque eux aussi portent une empreinte féminine. La grossesse et la ménopause ouvrent des fenêtres de vulnérabilité particulières. L’hypertension, le diabète et le stress psychosocial pèsent plus lourd sur le cœur des femmes que sur celui des hommes, à exposition égale. Et les chiffres récents inquiètent : on observe une hausse sensible de l’infarctus chez les femmes non ménopausées, en particulier dans la tranche des 45-64 ans, conséquence probable du tabagisme, du mode de vie et d’un stress chronique qui n’épargne personne.

Ce que cette étude met en évidence, au fond, c’est le coût d’un biais historique. La recherche cardiovasculaire s’est longtemps appuyée sur des cohortes majoritairement masculines, et les femmes en ont payé le prix par des diagnostics manqués et des traitements mal ajustés. Reconnaître la spécificité de l’infarctus féminin, c’est réviser les protocoles, former les soignants à entendre des symptômes atypiques, et inviter les femmes à ne plus relativiser leurs alertes.

Il y a là une leçon qui dépasse la cardiologie. La médecine progresse aussi en cessant de considérer le corps masculin comme la norme universelle. Mieux connaître le cœur des femmes, c’est sauver des vies que l’ignorance condamnait en silence. Le message à retenir tient en une phrase : devant une fatigue brutale et inexpliquée, mieux vaut consulter pour rien que se taire par habitude.

Crédit photo : DR

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