
Discrète depuis son départ de Matignon, Élisabeth Borne a repris la parole pour dénoncer un mal qu’elle connaît de l’intérieur. Au micro de RTL, à l’occasion de la journée des droits des femmes, l’ancienne Première ministre a pointé un « sexisme insidieux » qui continue de gangrener le monde politique. Pas le sexisme caricatural d’autrefois, mais une forme plus diffuse, plus difficile à attraper, et peut-être pour cela plus tenace.
Elle prend soin de faire la distinction. On n’est plus, dit-elle, dans le sexisme débridé qu’avait pu affronter Édith Cresson, première femme à occuper le poste, entre 1991 et 1992. Le ton a changé, les attaques frontales se font plus rares. Mais selon elle, l’essentiel demeure, simplement déplacé sous la surface. Une femme en politique reste en permanence comparée à des codes masculins. La référence, ce sont les hommes.
L’exemple qu’elle donne est presque anodin, et c’est ce qui le rend parlant. La façon de faire le tour du Salon de l’agriculture, par exemple, serait jugée à l’aune de ce qu’en feraient des hommes. Tout est passé au crible d’un étalon masculin implicite, du ton de la voix à la poignée de main. Et qui fixe cet étalon ? Ceux qui ont intérêt à le maintenir. Les hommes en politique, observe-t-elle sans détour, ont tout intérêt à imposer des codes masculins, parce que cela élimine la concurrence.
Le détail le plus cinglant concerne sa propre succession. Dans les noms qui ont circulé pour la remplacer à Matignon, relève-t-elle, il n’y avait que des hommes. Pas une seule femme. Comme si, après vingt mois de Première ministre, on s’était dit que la case était cochée et qu’on pouvait reprendre une vie normale. Une femme à ce poste, ce serait donc une parenthèse, une exception qu’on referme, avant le retour à l’ordre supposé naturel des choses.
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Ce qui frappe dans ce propos, c’est sa précision. Borne ne brandit pas de grands principes, elle décrit des mécanismes concrets, vécus, presque techniques. Et c’est sans doute là le cœur du « sexisme insidieux » : il ne se loge plus dans des insultes faciles à dénoncer, mais dans des attentes, des comparaisons, des évidences que personne ne formule à voix haute. Difficile de combattre ce qui ne se dit pas.
On pourra estimer qu’il est commode de tenir ce discours une fois sorti du pouvoir, quand on n’a plus rien à perdre. La critique n’est pas illégitime. Mais elle n’enlève rien à la justesse du constat. Que ces mots viennent de quelqu’un qui a occupé le sommet de l’exécutif leur donne au contraire un poids particulier.
Reste à savoir si ce genre de prise de parole change quoi que ce soit, ou s’ajoute à la longue liste des constats sans suite. Mettre des mots sur l’insidieux, c’est déjà le rendre visible. Le reste dépendra de celles et ceux qui, demain, refuseront de jouer selon des codes qui ne sont pas les leurs.
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