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A qui profite la haine de nos corps ?

Posté par Maxima 3 novembre 2020 0 commentaire

Photo du compte @collages_feminicides_paris
(https://www.instagram.com/collages_feminicides_paris/)

« A qui profite la haine de nos corps ? » Depuis que j’ai vu cette question collée sur un mur, elle me hante. Même si instinctivement on le sait, j’ai eu envie de lister ces industries qui capitalisent sur nos complexes. Sport, vêtements, alimentation, médecine, maquillage, presse… Nos corps sont toujours donnés à voir comme imparfait et à parfaire. Et même si « on ne peut pas être parfait.e », on peut au moins tendre à l’être : venez, nos industries vont vous aider.
Un grand merci à l’industrie pharmaceutique qui propose des compléments alimentaires pour perdre 3 tours de taille ; à la chirurgie esthétique qui gonfle les lèvres, les seins ; à l’industrie agroalimentaire qui propose des yaourts 0 % et allégés en sucre ; à l’industrie cosmétique qui cache les imperfections, lisse les rides, colore les joues et élimine les poils ; à l’industrie textile qui met des push-up dans les soutifs, mais qui ne pourra pas m’habiller au-delà de la taille 44 ; à la presse féminine qui donne des conseils « séduction » et « summer body » et enfin au marché du sport et du fitness qui nous permet de brûler la graisse, avoir les jambes fines et les fesses bombées. Merci.


[J’ai déroulé ici des exemples de mon expérience de femmes cis blanche, mais il y a beaucoup d’autres injonctions sociétales.]


Nos corps sont économiques. Nos corps sont politiques.
Nos complexes, aussi légitimes qu’ils soient, sont honteusement alimentés par ces industriels. Leur objectif n’est pas que l’on s’aime nous, mais qu’on les aime eux. Des professionnel.le.s de la communication sont payés cher pour nous faire croire que nos corps doivent correspondre à une certaine norme pour être acceptés, voire désirables. Il faudrait combattre le gras, la culotte de cheval et la cellulite : on admet ce postulat sans sourciller, sans même se demander si notre corps en a besoin (spoiler : si). Il faudrait que les rides arrivent tard et soit le plus discrètes : la vieillesse c’est pas beau, la vieillesse ça fait peur. Il faudrait s’épiler parce que le poil est sale, et puis il sert à rien (spoiler : si). Il faudrait que l’on domine toujours plus notre corps, sa forme, sa texture, sa couleur.
On m’annonce une nouvelle injonction de dernière minute : il faudrait rester naturel.le.s et privilégiez le bio (oups, c’est plus cher).
Et alors, en sachant ça, qu’est-ce qu’on fait ?
On fait du mieux qu’on peut. Parce que c’est pas facile d’être un corps en 2020 et surtout parce que c’est pas facile de vivre dans une société capitaliste, patriarcale, raciste, grossophobe, validiste, transphobe, spéciste, hétéronormative et j’en passe. Alors on fait du mieux qu’on peut, et si on a envie de perdre 6 kilos et de mettre du rouge à lèvres, on ne culpabilise pas.


Je finirais cet article en vous partageant le travail de l’illustratrice @Eloisemarseille (https://www.instagram.com/eloisemarseille/?hl=fr) dont les mots résonnent avec l’attitude que j’essaye d’adopter au quotidien.

« Vous savez…
chaque fois que j’ai des insécurités à propos de quoi que ce soit, je me rappelle…
Mon insécurité profite à un homme blanc riche quelque part…
Et tout d’un coup, juste comme ça…
je m’aime beaucoup plus. »


Photo du compte @eloisemarseille
(https://www.instagram.com/eloisemarseille/?hl=fr)

Manon Eauney.

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