
Il y a un mois et demi, Olivia Rodrigo a sorti son troisième album, « You Seem Pretty Sad for a Girl So in Love ». Le titre est déjà une petite phrase à lui tout seul, une remarque qu’on lui aurait balancée, mi-tendre mi-cruelle. Et l’album entier tourne autour de cette idée : on peut être amoureuse et complètement paumée en même temps.
Fini la colère à gros traits de « Sour », fini un peu le chagrin frontal de « Guts ». Là, à 23 ans, elle range les crocs et regarde ce qui reste quand la tempête est passée. C’est plus calme, plus trouble, et franchement plus intéressant.
Le disque est construit en deux moitiés qui se répondent. Les sept premiers titres, « Girl So in Love », c’est l’élan, le vertige, l’amour qui vous met en apesanteur. Les six suivants, « You Seem Pretty Sad », c’est la gueule de bois émotionnelle, le doute, la petite voix qui gâche tout. Un album-miroir, donc, comme son titre.
Dan Nigro est toujours aux manettes, comme sur les deux précédents, mais il pousse le son ailleurs. On entend les années 80, la dream pop, un peu de shoegaze qui noie les guitares dans le brouillard, des synthés qui flottent. C’est moins radio, plus texturé. Et puis il y a le morceau qui a fait jaser : « What’s Wrong with Me », où débarque Robert Smith, le Robert Smith de The Cure. La gamine qui a grandi en écoutant « Disintegration » chante désormais avec lui. La boucle est bouclée.
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Côté chiffres, ça a fait très mal, dans le bon sens. Numéro 1 aux États-Unis dès la première semaine, 485 000 exemplaires écoulés, 82 millions d’écoutes le premier jour sur Spotify, numéro 1 dans 22 pays. La presse a suivi, avec un 89 sur 100 sur Metacritic, du « universal acclaim » comme on dit là-bas. Pitchfork parle de son album le plus aventureux.
Alors est-ce que ça vaut le détour même si vous n’aviez rien suivi ? Oui, à condition d’accepter un disque qui prend son temps et refuse les refrains faciles. Ce n’est plus l’ado qui hurle sa peine, c’est une jeune femme qui apprend à vivre avec ses contradictions. Il faut deux ou trois écoutes pour que ça infuse, mais après, ça reste.
Si vous n’avez qu’une chose à retenir : commencez par « The Cure », puis laissez tourner. Vous verrez bien où ça vous emmène.
Crédit photo : Geffen Records





