Idées

À New Delhi, respirer est devenu un combat quotidien

posted by Vincent 17 avril 2022
À New Delhi, respirer est devenu un combat quotidien

Il y a des villes où l’air est une évidence, quelque chose dont on ne parle jamais parce qu’il est simplement là. New Delhi n’en fait plus partie. Dans la capitale indienne, remplir ses poumons est devenu un acte risqué, presque un luxe.

La ville disparaît régulièrement sous un voile blanchâtre, épais, qui brouille les contours des immeubles et pique les yeux. Ce n’est pas du brouillard romantique, c’est un smog toxique. Et ses vingt millions d’habitants n’ont d’autre choix que de vivre dedans.

Les chiffres donnent le vertige. Lors des pics, la concentration de particules fines dépasse de vingt fois les seuils recommandés. Les pneumologues utilisent une image qui marque les esprits : passer une journée à respirer cet air revient à fumer vingt-cinq à trente cigarettes.

Derrière les statistiques, il y a des gorges qui brûlent, des yeux qui pleurent, des quintes de toux qui ne passent pas. Les services d’urgence débordent pendant que les écoles ferment. Asthme, pneumonies, tuberculose : la liste des maladies respiratoires s’allonge à mesure que l’hiver enferme la pollution au-dessus de la ville.

Les causes sont connues, et c’est peut-être le plus rageant. Le trafic automobile, les émissions industrielles, et surtout les brûlis agricoles des régions voisines, qui partent en fumée à chaque fin de récolte. Un cocktail prévisible, qui revient chaque année comme une saison à part entière.

Face à ça, les autorités multiplient les mesures qui ressemblent davantage à des pansements qu’à des soins. Restrictions de circulation, fermetures temporaires, canons à eau pour rabattre les poussières. Des gestes visibles, mais qui n’attaquent jamais vraiment la racine du problème.

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Ce sont souvent les habitants eux-mêmes qui montent au créneau. Des jeunes se regroupent, dénoncent l’inaction, réclament des décisions à la hauteur. Ils parlent de leur santé, mais surtout de celle des enfants et des personnes âgées, les premières victimes de cet air empoisonné.

On a tendance, vu d’Europe, à regarder ces images comme une catastrophe lointaine, exotique presque. C’est une erreur. La pollution de l’air tue partout, y compris chez nous, simplement de façon plus discrète, plus diffuse.

New Delhi, elle, n’a plus le luxe de la discrétion. Le danger y est visible à l’œil nu, palpable à chaque inspiration. La ville offre une sorte de version accélérée de ce qui guette toutes les mégapoles qui repoussent indéfiniment leurs choix écologiques.

Reste la dignité de celles et ceux qui refusent de s’habituer. Continuer à se battre pour quelque chose d’aussi élémentaire que l’air qu’on respire, c’est sans doute le combat le plus fondamental qui soit. Et il se mène, là-bas, à chaque souffle.

Crédit photo : DR

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