Idées

Eva, 19 ans, asexuelle : « L’amitié devrait avoir autant de valeur que l’amour romantique »

posted by Vincent 9 septembre 2023
Eva, 19 ans, asexuelle : "L'amitié devrait avoir autant de valeur que l'amour romantique"

Eva a 19 ans. Elle est asexuelle. Et elle en parle avec une clarté qui tranche avec le brouillard qui entoure habituellement le sujet.

L’asexualité, c’est l’absence d’attraction sexuelle, ou une attraction si faible qu’elle ne structure pas les désirs, les choix, les relations. Ce n’est pas un trouble, pas un blocage, pas le résultat d’un trauma. C’est une orientation comme une autre, simplement moins visible parce que moins discutée et moins représentée.

Ce qui intéresse Eva, c’est moins de se définir que de pointer quelque chose de plus large : la place démesurée que notre culture accorde à la romance et au désir sexuel, au détriment de tout le reste. Et notamment de l’amitié.

« Je trouve dommage que l’amitié soit considérée comme inférieure à la romance », dit-elle. C’est une phrase simple. Mais elle touche à quelque chose que beaucoup ressentent sans vraiment l’articuler.

Nous vivons dans des sociétés qui hiérarchisent les liens de manière très claire. L’amour romantique et sexuel au sommet, l’amitié en dessous, les relations professionnelles encore plus bas. Cette hiérarchie est tellement intégrée qu’on ne la questionne presque plus. On déménage pour suivre un partenaire, on annule une soirée avec des amis d’enfance sans trop y réfléchir. C’est le fonctionnement normal.

Eva, elle, refuse cette grille. Pour elle, les liens d’amitié profonde, construits dans le temps et dans la confiance, méritent autant d’investissement qu’une relation amoureuse. Ce n’est pas une consolation de la part de quelqu’un qui se sentirait mis de côté. C’est un choix réfléchi et revendiqué.

Le témoignage d’Eva rappelle aussi que les personnes asexuelles se heurtent régulièrement à des réactions de déni. « Tu n’as pas encore rencontré la bonne personne. » « C’est peut-être hormonal. » « Tu te trompes toi-même. » Les classiques, usés jusqu’à la corde, mais toujours là.

L’asexualité reste une des orientations les moins documentées dans l’espace public. Elle est souvent confondue avec une absence de désir affectif, alors que les deux sont distincts. On peut être asexuel et vouloir profondément des relations intimes, amoureuses même, sans que la dimension sexuelle ne soit au centre.

Poser des mots sur son orientation a une valeur, même quand cette orientation se définit en partie par l’absence de quelque chose. Pas pour convaincre, pas pour se justifier face aux autres. Juste pour exister un peu plus clairement dans un monde qui ne vous a pas vraiment prévu.

Des livres permettent d’aller plus loin sur le sujet, qu’on soit curieux ou qu’on se reconnaisse dans ce témoignage. Une lecture utile, y compris pour mieux comprendre les proches qui traversent ce type de questionnement.

Crédit photo : DR

Asexuelle — Anna Mangeot

Un récit intime et personnel pour mieux comprendre l’asexualité :

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