
Si vous avez marché un jour sur la High Line à New York, vous avez foulé une partie de son œuvre. Ricardo Scofidio, l’architecte américain qui a contribué à métamorphoser cette ancienne voie ferrée aérienne en promenade végétale, s’est éteint à l’âge de 89 ans.
L’idée de départ avait pourtant tout pour finir à la casse. Une ligne ferroviaire désaffectée, perchée au-dessus de l’ouest de Manhattan, rouillée, envahie par les herbes folles, promise à la démolition. Beaucoup voulaient la raser. Scofidio et son agence ont fait l’inverse. Ils ont gardé les rails, épousé la végétation sauvage qui avait repris ses droits, et dessiné un parc linéaire de plus de deux kilomètres qui serpente entre les immeubles.
Ouverte en 2009, la High Line est devenue l’un des lieux emblématiques de New York. Des millions de visiteurs y défilent chaque année, et la promenade a inspiré des dizaines de projets similaires à travers le monde. Difficile aujourd’hui d’imaginer le quartier sans elle. C’est la marque des grands aménagements : on finit par croire qu’ils ont toujours été là.
Scofidio n’a pas fait ça seul, loin de là. Avec sa compagne Elizabeth Diller, il avait fondé l’agence Diller Scofidio + Renfro, un studio qui a longtemps brouillé les frontières entre architecture, art contemporain et performance. Avant d’enchaîner les gros projets, le duo s’est d’abord fait connaître par des installations conceptuelles, des œuvres plus proches de l’art que du bâtiment classique. Une démarche d’artistes autant que de bâtisseurs.
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Cette singularité lui a valu une reconnaissance rare : Scofidio a figuré parmi les premiers architectes à recevoir la fameuse bourse de la Fondation MacArthur, ce que les Américains surnomment volontiers le « genius grant ». Une distinction qui salue moins une carrière qu’une manière de penser.
Son agence n’a pas chômé. On lui doit aussi le réaménagement du Lincoln Center, des musées, des bâtiments universitaires, des projets disséminés un peu partout dans le monde. Mais c’est bien la High Line qui restera attachée à son nom, l’œuvre qui a fait passer son équipe du statut d’expérimentateurs respectés à celui de stars mondiales de l’architecture.
Ce qui rend son parcours attachant, c’est cette obstination à refuser la table rase. Là où l’urbanisme moderne adore démolir pour reconstruire propre, Scofidio a parié sur la mémoire des lieux, sur ce qui était déjà là et qu’on jugeait bon à jeter. La rouille, les mauvaises herbes, le passé industriel : il en a fait la matière même d’un espace public désirable.
À une époque où l’on s’interroge sur la manière de réinventer nos villes sans tout bétonner, sa leçon reste précieuse. On peut faire du neuf avec du vieux, du vivant avec de l’abandonné. Il suffit de regarder une friche comme une promesse plutôt que comme un problème. C’était sa façon à lui de dessiner.
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