
L’art contemporain perd une de ses figures les plus discrètes et les plus singulières. Le plasticien Philippe Favier est mort ce samedi 7 mars, à 68 ans, dans un accident de la route. Il rejoignait son refuge d’Aspremont, sur les hauteurs de Nice, depuis son atelier de Châteaudouble dans la Drôme. Selon les premiers éléments, il se serait endormi au volant. Avec lui disparaît une œuvre à contre-courant, faite de patience, de miniatures et de précision presque chirurgicale.
Né à Saint-Étienne en 1957 et formé aux Beaux-Arts de la ville, Favier a très vite tourné le dos à la peinture monumentale. Là où ses contemporains, dans le sillage de la Figuration Libre des années 80, cherchaient le grand format et le geste spectaculaire, lui choisissait l’infiniment petit. Ses premières scènes de bataille, tracées au simple stylo bille, demandaient parfois une loupe pour qu’on en saisisse tous les détails. Une approche presque monacale, qui l’a poussé vers des supports inattendus.
C’est sans doute ce qui restera de lui : ces peintures logées dans des boîtes de sardines, ces compositions sur des ardoises d’écolier, ses émaux sur verre travaillés sur fond noir. Il prenait des objets de rien, des rebuts du quotidien, et les transformait en petits réceptacles poétiques. Le Jeu de Paume comme le Musée d’Art Contemporain de Lyon ont accueilli ce goût du détail, toujours doublé d’un goût prononcé pour le retrait et le silence.
Pour entrer dans cet univers du minuscule et de la patience, cette monographie réunit le meilleur du travail de Philippe Favier.
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Car Favier fuyait le bruit. Agoraphobe revendiqué, il vivait entre ses collections d’objets chinés et ses rêves nocturnes, qu’il considérait comme son vrai moteur créatif. Gravure, collage, écriture, il mêlait les techniques et collaborait avec des auteurs comme Jacques Roubaud, loin des mondanités et des modes.
Sa disparition laisse une drôle d’impression. À l’heure où tout va vite et où l’on produit des images à la chaîne, son travail rappelle qu’on peut encore faire œuvre avec un stylo bille, un bout de verre et beaucoup de temps. C’était sa forme de résistance à lui, tranquille et obstinée. Elle va manquer.





