
Emmanuel Macron a un mode opératoire assez reconnaissable quand un homme puissant se retrouve sous le coup d’accusations. Il parle d’abord de « présomption d’innocence », puis il évoque sa « confiance personnelle », et accessoirement il glisse une remarque sur le fait que cet homme « rend fière la France » ou que la situation relève d’une « chasse » injuste.
On l’a vu avec Gérald Darmanin, son ministre de l’Intérieur, nommé et maintenu en poste malgré une accusation de viol. Macron avait alors publiquement évoqué « une relation de confiance, d’homme à homme ». Une formule qui, à l’époque, avait déjà fait bondir plus d’un observateur.
Puis est arrivée l’affaire Gérard Depardieu.
En décembre 2023, dans une interview sur France 5, Macron a qualifié l’acteur d' »immense acteur » dont la France peut être « fière ». Il a dénoncé une « chasse à l’homme ». Il a assuré qu’il ne retirerait pas la Légion d’honneur sans condamnation judiciaire.
Depardieu était alors mis en examen pour viol et agressions sexuelles. Plusieurs femmes l’avaient accusé. Son procès pour agression sexuelle sur deux femmes lors d’un tournage en 2021 était programmé.
Face à la polémique qui a suivi, Macron a tenté un rectificatif en mai 2024, dans les pages du magazine Elle : « Je n’ai jamais défendu un agresseur face à des victimes », a-t-il dit. « Ma priorité a toujours été la protection des victimes. »
Le problème, c’est que les mots de décembre 2023 sont encore là, publics et accessibles.
La question que posent ses détracteurs n’est pas vraiment celle de la présomption d’innocence — un principe légitime et important. Elle est plutôt celle-ci : pourquoi le chef de l’État ressent-il à ce point le besoin de prendre personnellement la défense de ces hommes-là, avec cette chaleur-là, avant même que la justice ait tranché ?
La présomption d’innocence s’applique sans commentaire enthousiaste. On n’a pas besoin d’être « admirateur » d’un accusé pour le laisser bénéficier d’un procès équitable.
Ce que ces épisodes révèlent, peut-être, c’est moins une connivence consciente qu’un réflexe : celui de la solidarité entre hommes influents, qui se reconnaissent, qui se soutiennent, et qui perçoivent les accusations portées par des femmes comme une menace extérieure plutôt que comme une réalité à prendre au sérieux.
La discussion « d’homme à homme » a cela de particulier qu’elle exclut structurellement la moitié de la population.
Et que le pays qui vient d’inscrire le droit à l’IVG dans sa Constitution mérite peut-être un chef de l’État un peu moins confortable dans cette solidarité-là.
Crédit photo : DR
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