
Oubliez tout de suite l’archer joyeux qui détrousse les riches en sifflotant. Le Robin des Bois qui débarque en salles ce 1er juillet est un homme fini, blessé, laissé pour mort après un combat de trop. C’est Michael Sarnoski qui s’y colle, le réalisateur de Pig et de Sans un bruit : Jour 1, et il signe là un film qui n’a rien d’une énième relecture musclée du mythe.
Le pitch tient en une image. Robin, vieillissant, est recueilli par sœur Brigid (Jodie Comer), une femme mystérieuse qui le ramène à la vie. Pendant que le monde le célèbre comme un héros, lui revoit défiler toutes les vies qu’il a ôtées. Derrière la statue se cache un homme brisé. On est plus proche du Roi Lear que de Kevin Costner.
Hugh Jackman porte le film sur ses épaules, et c’est sans doute là qu’il faut aller le chercher. À 57 ans, il joue la fatigue, le remords, la fin de course, avec une gravité qu’on ne lui connaissait pas vraiment. Face à lui, Jodie Comer apporte ce qu’il faut d’ambiguïté, et Bill Skarsgård campe un Petit Jean loin de l’image du bon gros compagnon de taverne.
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Reste que le film divise déjà, et ce n’est pas un hasard. Passé la première demi-heure, Sarnoski abandonne l’action pour la contemplation. Ça médite sur la mortalité, la vengeance, la rédemption, ça prend son temps, beaucoup. Si vous venez pour les flèches et les cascades, vous risquez de regarder votre montre avant la fin des 2h02. Aux États-Unis, la presse reste partagée, autour de 69 % d’avis positifs, ce qui dit bien le malaise : on admire le geste sans toujours adhérer au rythme.
Moi, ce parti pris me plaît. Prendre un personnage usé jusqu’à la corde et en faire une réflexion sur ce que coûte une légende, c’est plus courageux que de recommencer pour la dixième fois la prise de Nottingham. A24 derrière, ça aide à comprendre l’ambition.
Alors à qui le conseiller ? À ceux qui aiment quand le cinéma de genre se fait grave et mélancolique, et qui acceptent qu’un film d’aventure ne fasse pas que des étincelles. Les amateurs de pur divertissement, eux, passeront peut-être leur chemin. Pour les autres, c’est une belle surprise d’été.
Crédit photo : Metropolitan Filmexport / A24





