Culture

Calvin et Hobbes : l’éloge d’une lecture-doudou

posted by Vincent 25 février 2024
Calvin et Hobbes : l'éloge d'une lecture-doudou

Avez-vous une œuvre doudou ? Celle qu’on relit sans fin, qu’on garde pour les soirées d’hiver lovées sous un plaid, ou qu’on emporte chaque été comme un vieil ami. Pour beaucoup de lecteurs, et j’en fais partie, cette œuvre porte un nom : Calvin et Hobbes, le chef-d’œuvre signé Bill Watterson.

L’auteur mérite qu’on s’attarde sur lui, tant il cultive le mystère. Bill Watterson est un homme discret, presque invisible, qui vit reclus quelque part au fin fond de l’Amérique. Ses apparitions publiques se comptent sur les doigts d’une main. La dernière en date remonte au festival d’Angoulême, où il avait été élu président d’honneur et avait prêté quelques planches originales pour une exposition. Cette personnalité secrète ajoute à la légende de son œuvre.

Watterson a surtout fait un choix rare, presque héroïque à l’échelle de l’industrie du divertissement : il a toujours refusé le merchandising. Pas de peluche Hobbes, pas de dessin animé en 3D, pas de produits dérivés. Pour lui, détourner Calvin et Hobbes d’une manière ou d’une autre reviendrait à le ternir. On peut juger la position excessive. Personnellement, je trouve qu’elle force le respect. Face à un chef-d’œuvre, rien n’est jamais vraiment excessif.

Mais de quoi parle-t-on, au juste ? D’une série de strips mettant en scène un petit garçon blond au poil hirsute, Calvin, et son tigre, Hobbes, à la fois peluche et compagnon bien vivant. Calvin est un sacré garnement, toujours à l’affût de la prochaine bêtise ou de la contrariété à infliger à ses parents. C’est une figure d’anti-héros qui a essaimé bien au-delà des pages de Watterson : on retrouve un peu de lui chez Titeuf, l’élève Ducobu, Cédric, ou même, dans un autre registre, Mortelle Adèle.

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Et puis il y a Hobbes, qui n’est pas un simple faire-valoir. Ce tigre qui prend vie est tour à tour complice des bêtises, réconfort dans les moments de doute, sage philosophe ou parfait crétin. C’est leur duo qui fait des étincelles. L’astuce géniale, c’est que Hobbes n’apparaît vivant que pour Calvin : pour les adultes, ce n’est qu’une peluche inerte. Tout l’imaginaire de l’enfance tient dans ce décalage.

Ce qui rend l’œuvre intemporelle, c’est qu’elle parle à tous les âges en même temps. Les enfants y voient un compagnon de jeu turbulent. Les adultes y lisent des réflexions étonnamment profondes sur le temps qui passe, la solitude, l’émerveillement et la liberté, glissées entre deux gags. On rit, puis on est cueilli par une case d’une mélancolie discrète. Peu de bandes dessinées réussissent ce grand écart avec une telle élégance.

Si vous ne connaissez pas encore, je ne peux que vous envier le plaisir qui vous attend. Et si vous connaissez déjà, vous savez exactement de quoi je parle : cette sensation de retrouver un refuge, intact, à chaque relecture. Voilà ce qu’est une vraie lecture-doudou. Installez-vous confortablement, le tigre vous attend.

Crédit photo : DR

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