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3 femmes ayant vécu dans l’ombre d’un homme [1/3] : Blanche Calloway

Posté par Maxima 28 avril 2020 0 commentaire

Un article rédigé par Armand et illustré par Agathe Leclercq

En 1903 Marie Curie devient la première femme à recevoir un prix Nobel, mais celui-ci est partagé avec deux hommes (Pierre Curie et Henri Becquerel) : c’est seulement en 1911 qu’elle obtiendra le prix Nobel à son nom uniquement. La nomination d’origine pour le Nobel de physique de 1903 n’évoque même pas son nom ! La Professeure Curie est ensuite devenue une chercheuse légendaire, bien plus que Pierre Curie et Henri Becquerel, mais d’autres femmes n’ont pas pu sortir de l’ombre des hommes qui s’attribuaient leurs réussites. Ces articles évoquent donc 3 femmes qui auraient dû marquer l’histoire, mais qui en ont été empêchées par le contexte patriarcal de leur époque.

Blanche Calloway, « La sœur de Cab Calloway »

Blanche Calloway (09/02/1902-16/12/1978), est la fille aînée d’une famille noire américaine. Sa mère étant prof de musique, elle a eu accès à des cours de piano et de chant, qui font d’elle une musicienne fort talentueuse. Même si sa mère la destine à une carrière « respectable » (c’est-à-dire, pour une femme des années 1920, Infirmière ou enseignante), Blanche rejoint une troupe de cabaret en 1921 en tant que choriste. Elle obtiendra ensuite des seconds rôles, avant de devenir la chanteuse-star de la troupe, mais jamais elle n’aura l’occasion de mettre à profit ses talents de pianiste, car dans le monde de la musique de l’époque, une femme pouvait chanter ou danser, mais en aucun cas elle ne pouvait jouer d’un instrument.


De 1923 à 1927, Blanche Calloway participe à la tournée de la comédie musicale Plantation Days et devient une star. C’est pendant cette tournée de 4 ans qu’elle permet à son petit frère – Cab Calloway – de monter sur scène pour la première fois en tant que remplaçant d’un musicien malade. Quand cette tournée prend fin à Chicago (la capitale du jazz à l’époque), Blanche et son frère décident de s’y installer et obtiennent tous deux une place dans un club de la ville : le Sunset. A ce moment-là, Blanche était payée près de 300$ par semaine, alors que Cab n’a que 35$ ! Rien ne présageait donc que Cab accéderait à la gloire alors que Blanche sombrerait dans l’oubli.
En 1925 elle enregistre ses premières chansons avec Louis Armstrong, qui seront vendues comme « race records » (« chansons raciales ») bien qu’il s’agisse de Blues… Elle forme le Joy Boys Orchestra en 1931, et devient ainsi la première femme de l’histoire à diriger un orchestre entièrement masculin, dont faisait partie un des grands noms du jazz des décennies suivantes : Ben Webster.

En 1936, lors d’une tournée avec son orchestre (renommé Blanche Calloway Orchestra), Blanche s’arrête dans une station-service et va aux toilettes. Quoi de plus normal ? Sauf que les Etats Unis d’Amérique de 1936 sont un pays encore fortement raciste, donc le propriétaire appelle la police pour dénoncer l’utilisation de toilettes pour blanches par une femme noire. Les policiers frappent un des membres de l’orchestre, et l’arrêtent en même temps que Calloway. L’amende et le vol de l’argent de l’orchestre par un autre des membres la force à se déclarer en banqueroute, et sombre peu à peu dans l’oubli.


Ceux qui ont vu les Blues Brothers se souviennent certainement de la chanson « Minnie the Moocher », chantée par un vieillard en costume blanc. Et bien ce vieillard n’est autre que Cab Calloway, le petit frère de Blanche, et cette chanson n’est autre que son plus gros tube (Le lien est ici pour ceux qui ne la connaissent pas). Il est devenu un chanteur et maître de cérémonie immensément célèbre peu après sa sœur, et lui a emprunté une grande partie de son style. A tel point que parfois le mot « emprunter » semble bien faible. Vous conviendrez qu’une grande partie du charme de « Minnie the Moocher », et ce qui rend la chanson si entraînante, vient des vocalises (Je n’ai jamais pu m’empêcher de chanter au moment des « Hi De Ho ») dont Cab prétend avoir eu l’idée lors d’un concert pendant lequel il a oublié les paroles. Ecoutez maintenant « Just a crazy song » enregistré par Blanche Calloway et le Joy Boys Orchestra en 1931 (lien ici). La ressemblance est tellement forte qu’elle ne peut être un hasard…
La prochaine fois que vous regarderez les Blues Brothers, donc, n’oubliez pas que dans l’ombre de ce vieillard en costume blanc, il y a une grande artiste : Blanche Calloway.

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