
Quatre amis d’une quarantaine d’années patientent dans une salle d’embarquement. Ils partent en vacances ensemble, comme chaque année. Sauf qu’une valise dépasse de quelques centimètres, l’hôtesse refuse de la laisser passer, l’un d’eux lâche un mot de trop, et la journée bascule. C’est tout le point de départ de Merci de votre collaboration, la première pièce de théâtre de Lola Lafon, parue le 15 octobre aux Solitaires Intempestifs.
On connaît surtout Lola Lafon pour ses romans, Chavirer ou Quand tu écouteras cette chanson, cette nuit passée dans l’ancienne cachette d’Anne Frank. La voilà qui change de forme sans changer d’obsession : partir d’un détail minuscule pour remonter jusqu’à ce qui nous tient ensemble, ou ce qui nous sépare.
Parce que derrière l’incident de l’aéroport, c’est bien autre chose qui se joue entre Joe, Natala, Milou et Anca. Une amitié de vingt ans qui se fissure en direct, le temps d’un vol retardé. Chacun a raison depuis son coin, chacun voit juste mais un peu de travers, et la discussion dérape sur tout ce qu’on évite d’habitude : les convictions qu’on affiche et les petits arrangements qu’on s’autorise quand plus personne ne regarde.
Le titre dit déjà beaucoup. Ce langage lisse du confort et de la sécurité, celui des aéroports et des services clients, Lafon le retourne pour poser une question gênante : à partir de quand un compromis devient une compromission ? À quel moment se taire, c’est déjà participer ?
Le texte paru chez Les Solitaires Intempestifs, à lire avant d’aller voir la pièce :
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Ce qui est fort, c’est qu’elle refuse le procès facile. Personne n’endosse le rôle du bon militant ni du traître à la cause. On rit, on se reconnaît, et on finit un peu mal à l’aise, parce que la lâcheté dont il est question ressemble beaucoup à la nôtre. Quatre-vingt-quatre pages, ça se lit d’une traite, et ça continue de travailler bien après.
Le texte est né sur scène, dans une mise en scène d’Emmanuel Noblet, avant de passer par le Théâtre du Rond-Point début novembre, puis le Théâtre de l’Atelier au printemps. Mais le livre se tient tout seul, même sans fauteuil rouge.
Si vous aimez le théâtre qui mord sans hausser le ton, ou si vous avez déjà senti une soirée entre amis virer à cause d’une phrase de trop, foncez. C’est court, c’est drôle, et c’est beaucoup plus inconfortable qu’il n’y paraît.
Crédit photo : Les Solitaires Intempestifs





