
C’est un constat qui force à regarder la maternité en face, dans ce qu’elle a de plus douloureux. Un rapport de Santé publique France et de l’Inserm révèle que le suicide est devenu la première cause de mortalité maternelle en France. Il était jusqu’ici en deuxième position. Il passe désormais devant les accidents cardio-vasculaires et les hémorragies.
Quelques précisions pour bien comprendre ces chiffres. L’étude porte sur la période allant de la conception à un an après la fin de la grossesse, et analyse les 272 décès maternels recensés entre 2016 et 2018. C’est cet intervalle élargi, qui dépasse largement l’accouchement lui-même, qui éclaire l’ampleur du phénomène. La santé d’une femme enceinte, ou qui vient d’accoucher, ne se résume pas à la sphère obstétricale. Elle est aussi psychique, et c’est précisément là que se joue ce drame silencieux.
Catherine Deneux-Tharaux, directrice de recherche à l’Inserm, a livré à l’AFP une explication qui touche juste. Beaucoup de femmes ressentent une forte culpabilité à éprouver de la tristesse, à ne pas vivre le bonheur attendu auprès de leur enfant, à se sentir de mauvaises mères. Et cette souffrance, elles la verbalisent peu. Le mythe de la mère épanouie, comblée par l’arrivée d’un bébé, est si puissant qu’il rend presque honteux le simple fait d’aller mal.
C’est tout le drame de la dépression périnatale : elle se cache derrière une injonction au bonheur. On attend d’une jeune mère qu’elle rayonne, on s’inquiète de la santé du nourrisson bien plus que de la sienne, et le mal-être passe sous les radars. Quand l’entourage et les soignants ne sont pas formés à repérer les signes, la détresse peut s’installer sans que personne ne tire la sonnette d’alarme.
Pour mettre des mots sur l’après-naissance, loin du mythe de la mère comblée.
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Le rapport insiste justement sur ce point. Il faut informer les femmes enceintes, leur entourage et le grand public sur la dépression périnatale, sur sa fréquence, et sur l’importance de consulter rapidement dès les premiers symptômes. Ce n’est pas une fatalité ni une faiblesse de caractère. C’est un trouble qui se soigne, à condition d’être reconnu à temps.
Ce qu’il faut retenir, surtout, c’est qu’éprouver de la tristesse, de l’angoisse ou un sentiment d’échec après une naissance n’a rien d’anormal et ne fait de personne une mauvaise mère. En parler, à un proche, à une sage-femme, à un médecin, est le premier pas, et il n’est jamais déplacé. Les dispositifs d’écoute et d’accompagnement existent, et ils sont là pour ça.
Si ces lignes résonnent avec ce que vous traversez, ou ce que vit quelqu’un autour de vous, sachez qu’une aide est disponible à tout moment. En cas de pensées suicidaires, le numéro national de prévention du suicide, le 3114, répond gratuitement, jour et nuit. Demander du soutien n’est pas un aveu de faiblesse. C’est, au contraire, un geste de protection, pour soi et pour son enfant.
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