Coups de gueuleFéminisme

Aujourd’hui, je fais grève.

Posté par SandraK 8 mars 2020 0 commentaire

Aujourd’hui, je fais grève. Je fais grève du rôle qu’on m’a assigné à la naissance sous prétexte que je n’avais « rien » (sic) entre les jambes. Celui de femme, de pute, de mère, de maîtresse, de psy, d’infirmière… Aujourd’hui je ne ferai rien de cela.

Je ne rappellerai pas à mon copain de penser à envoyer un sms pour souhaiter l’anniversaire de sa tante. Je ne ferai pas la liste de courses même si le frigo est vide. Je ne m’enquerrai pas de l’état de santé de mes ami·e·s. Je ne rangerai pas l’appartement même si pendant 15 minutes de ma journée je ne fais rien de particulier. Je n’arroserai pas les plantes et tant pis si elles sont en plein soleil. Je ne laverai que mes culottes, au diable ses caleçons. Oui, je ne me soucierai de personne sauf de moi. Je regarderai un film pourri, à poil, vraiment à poil car non, je ne m’épilerai pas. Je me masturberai. Trois fois. Dix fois. Je le dirai à personne ou à la Terre entière qui sait.

Aujourd’hui je fais grève mais je n’oublie pas. Je n’oublie pas la peur de me faire violer de nouveau qui me fait vivre à demi. Je n’oublie pas le nombre de fois où j’ai changé de tenue avant de sortir, le nombre de fois où j’ai supporté de me faire couper la parole par un connard qui n’avait rien à dire. Je n’oublie pas que je ne peux toujours pas rentrer chez moi seule s’il fait nuit. Je n’oublie pas que la police tabasse mes sœurs en silence mais ne les écoute pas quand elles crient.

Aujourd’hui je n’écouterai personne. Je ne ferai pas la cuisine en espérant avoir « de l’aide ». Je ne ferai pas l’amour « parce que quand même ça fait 3 jours ». Je ne passerai pas devant le miroir en me crachant dessus. Je n’envierai pas les autres femmes dans la rue. Je serai en colère si je le veux et ne laisserai aucun mec me dire « t’as tes règles ? ». Je ne m’occuperai pas de la contraception. Et rien à foutre, si je tâche mon pantalon.

Mais je n’oublie pas les humiliations. Les heures passées au commissariat. L’attente, la peur au ventre. Je n’oublie pas les insultes proférées dans la rue alors que je n’avais pas 15 ans. Je n’oublie pas que je vis dans un pays où on célébre la pédophilie.

Aujourd’hui, je ne lirai que des femmes, ne partagerai que les mots des femmes, n’écouterai que la musique des femmes… Cela fait partie de ma lutte contre la culture dominante qui veut nous faire taire. Aujourd’hui, j’assumerai ne pas vouloir d’enfants. J’assumerai ma maladie. J’assumerai de ne pas être celle qu’on t’a promis. Je chialerai si je veux, quand je veux. Aujourd’hui, je ne me considérai pas comme une usurpatrice. Aujourd’hui de ma vie, je deviens l’actrice.

Aujourd’hui je fais grève et cette grève est reconductible jusqu’à la mort du patriarcat.

Nous ne voulons plus compter nos mortes.
Nous ne voulons plus gérer la charge mentale du couple.
Nous ne voulons plus gérer la charge émotionnelle du monde.
Nous ne voulons plus accepter les écarts salariaux.
Nous ne voulons plus de précarité menstruelle.
Nous ne voulons plus être exclue de la rue, de la politique, de la culture, des sciences…
Nous ne voulons plus que l’État et les hommes contrôlent nos corps.
Mais surtout : nous ne pouvons plus attendre.

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