Actualités

Boualem Sansal, de la cellule d’Alger au fauteuil de l’Académie française

posted by Vincent 22 mars 2025
Boualem Sansal, de la cellule d'Alger au fauteuil de l'Académie française

Il y a des trajectoires qui défient l’entendement, et celle de Boualem Sansal en fait partie. À 80 ans, l’écrivain franco-algérien a connu en l’espace de quelques mois le pire et le plus haut. La prison ferme requise contre lui par la justice de son pays natal, puis, quelques saisons plus tard, l’un des fauteuils les plus convoités de la langue française.

Reprenons. Arrêté à son arrivée à Alger en novembre 2024, Sansal s’est retrouvé poursuivi pour atteinte à l’unité nationale. Son tort, aux yeux des autorités algériennes : avoir déclaré que l’Algérie avait hérité, sous la colonisation française, de territoires appartenant auparavant au Maroc. Une phrase, lâchée dans un entretien, qui a suffi à le faire basculer derrière les barreaux.

Première condamnation : cinq ans de prison et une lourde amende. Puis vient l’appel, et c’est là que l’affaire prend un tour franchement glaçant. Le parquet ne lève pas le pied, il appuie. Dix ans de réclusion requis contre un homme de 80 ans, au terme d’une audience qui aurait duré moins d’un quart d’heure. Quinze minutes pour décider de la fin de vie d’un écrivain. On a connu plus délibéré comme exercice de justice.

Difficile de ne pas y voir autre chose qu’un dossier littéraire ou pénal. L’affaire Sansal s’est très vite muée en bras de fer diplomatique entre Paris et Alger, sur fond de relations déjà passablement tendues. L’écrivain est devenu, malgré lui, l’otage symbolique d’un contentieux qui le dépasse largement.

Pour comprendre l’écrivain par ses livres, son roman couronné par l’Académie française en 2015 reste la meilleure porte d’entrée :

2084. La fin du monde, de Boualem Sansal → voir sur Amazon

Lien affilié Amazon. En tant que Partenaire Amazon, je réalise un bénéfice sur les achats remplissant les conditions requises.

Ce qui frappe, chez Sansal, c’est que rien de tout cela n’est neuf dans son écriture. Depuis Le Serment des barbares jusqu’à 2084, son roman dystopique sur un monde soumis à une théocratie totalitaire, il n’a jamais cessé de regarder en face les dérives autoritaires et les fanatismes. Il écrivait sur l’enfermement bien avant de le subir. C’est presque trop, comme symétrie.

Et puis le scénario bascule une nouvelle fois. En novembre 2025, le président Abdelmadjid Tebboune lui accorde une grâce présidentielle, sur intervention de son homologue allemand. Sansal sort de prison, affaibli mais libre.

Le coup de théâtre final arrive en janvier 2026. L’Académie française l’élit dès le premier tour, par 25 voix sur 26, au fauteuil numéro 3 laissé vacant par la mort de Jean-Denis Bredin. Vingt-cinq voix sur vingt-six, autant dire un plébiscite. Un homme que son pays voulait enfermer pour dix ans rejoint les Immortels de l’autre rive de la Méditerranée.

On peut lire cette histoire comme une belle revanche de la littérature sur la censure. C’est tentant, et pas faux. Mais il reste, en arrière-plan, une vérité moins réjouissante : il aura fallu une année de détention, une santé entamée et une grâce arrachée par la diplomatie pour qu’un écrivain de 80 ans puisse de nouveau écrire en paix. La consécration est réelle. Le prix payé pour l’obtenir l’est tout autant.

Crédit photo : DR

Leave a Comment

À lire